Dossier spécial 2020 :
Entrepreneurs for good

Ils veulent recréer des jardins de Babylone en ville

Témoignage

Hubert Michaudet et Élodie Grimouin, fondateur et co-fondatrice d'Urban Canopée

Ils veulent recréer des jardins de Babylone en ville

Quelle est l'activité d'Urban Canopée ?

Nous proposons des solutions de rupture pour lutter contre les effets du changement climatique urbain en déployant des canopées végétales au-dessus des villes. Nos structures en matériau composite se présentent comme de grands parasols végétaux, elles se posent facilement dans les espaces publics ou sur les toitures. Elles ont été conçues pour être végétalisées par des plantes grimpantes et offrent de nombreux avantages. Modulaires, avec une emprise minimale au sol, elles s'intègrent parfaitement à l'architecture urbaine et peuvent ombrager de larges espaces. Écologiques, elles sont alimentées en eau par un système d'arrosage intelligent et connecté.

Quelle est la valeur ajoutée de vos produits ?

Ils permettent de combattre les îlots de chaleur en déployant des îlots de fraîcheur, de lutter contre la pollution de l'air et d'améliorer la qualité de vie des citadins. Les territoires urbains doivent se préparer dès maintenant aux défis majeurs du XXIe siècle, comme le changement climatique, la pollution de l'air et l'urbanisation croissante. À cause de l'impact des phénomènes d'îlots de chaleur urbains, les villes sont particulièrement vulnérables face aux événements climatiques extrêmes, qui vont augmenter fortement d'ici la fin du siècle. En recréant les jardins de Babylone dans nos villes, nous les rendons plus respirables, enfin résilientes, dans le but d'améliorer la qualité de vie des habitants et de sauvegarder la planète.

Comment est né ce projet ?

Au sein du laboratoire Navier de l'École des Ponts ParisTech. Au départ, ce sont des chercheurs qui ont imaginé ces structures, convaincus de l'urgence de greffer du « vert » dans les villes. Ils ont présenté le projet au concours de la GreenTech Verte du Ministère de la transition écologique et solidaire, en 2016, et ont été lauréat. Hubert, maître de conférence à l'école des Ponts, a alors décidé de développer le projet et m'a associée à l'aventure. L'entreprise a été créée en 2016 et a immédiatement été incubée à la Station F.

Le concept est ambitieux. Comment avez-vous financé le lancement ?

Grâce au concours de la GreenTech Verte, nous avons reçu, dès le départ, 50 000 euros de dotation puis, en 2017, nous avons obtenu un prêt d'honneur de 70 000 euros de Réseau Entreprendre. Cela nous a permis de financer le démarrage, la R&D et la réalisation des premières structures. En juin 2019, nous avons levé 250 000 euros auprès de business angels, car la demande devenait exponentielle. Nous avions besoin de capitaux, car nous concevons, fabriquons et assemblons les structures dans notre atelier de Champs-sur-Marne. Ce montant sera sans doute un peu juste, mais nous prévoyons d'ores et déjà une nouvelle levée de fonds à l'été 2020, cette fois-ci d'un montant beaucoup plus élevé.

Vous avez fait partie des start-up sélectionnées pour aller au CES de Las Vegas en 2019. Qu'avez vous retiré de cette expérience ?

C'était incroyable, c'est le plus grand salon Tech du monde. Chez Urban Canopée, la technologie est finalement peu présente, elle ne concerne que notre système d'irrigation intelligent (avec un algorithme et des capteurs, pour une irrigation goutte à goutte suivant les besoins en eau des plantes). La tech, pour nous, ce n'est pas une fin mais plutôt un moyen. Nous avons reçu un accueil très prometteur du public et de nombreux professionnels. Nous avons même noué des contacts intéressants avec des dirigeants français présents sur place, et avec lesquels nous sommes actuellement en négociation.

Où en êtes-vous aujourd'hui quant au développement de vos canopées végétales ?

L'urgence de créer de nouveaux modèle

Entre 1,5 et 2 °C de plus d'ici à 2100 ! Le réchauffement du climat ne fait aucun doute et est désormais attesté par l'augmentation observée des températures moyennes de l'air et de l'océan, la fonte généralisée de la neige et de la glace et l'augmentation du niveau moyen de la mer. Pour éviter le pire, il est impératif de maintenir la hausse des températures mondiales en deçà de 1,5  °C d'ici à la fin du siècle. Et pour cela, pas de miracle : limiter les émissions de gaz à effet de serre, en finir avec les énergies fossiles (charbon et pétrole) et, bien sûr, inverser les modèles en privilégiant les énergies renouvelables et une consommation responsable.

Corolle, notre produit phare et breveté, est déjà installé dans plusieurs villes, à Toulouse, Rosny-sous-Bois, Marseille, Pau, Reims? Nous avons plus de 50  demandes en cours venant de collectivités mais aussi d'entreprises privées et de promoteurs immobiliers. Notre objectif est de largement déployer Corolle  : cette structure existe en différentes tailles, de 30 à 50 m2 de surface, avec des formes différentes. Chaque Corolle peut contenir jusqu'à 3 plantes différentes, adaptées à la localisation et au climat de l'implantation choisie. Les plantes que nous utilisons sont des vecteurs d'îlots de fraîcheur : elles ont une fonction de réverbération de l'énergie solaire vers le ciel (ce qui limite le stockage de la chaleur dans le sol), elles créent de l'ombre et, grâce à l'évapo-transpiration, elles sont capables de rafraîchir l'air ambiant. En 2021, nous commercialiserons également un autre produit, le Dôme, pour les toitures. Notre message est clair : si on végétalise un quart des villes en plus, on baissera la température de 2 à 4 °C.

Éléments clés
  • Date de création : 2016
  • Activité : solutions végétales pour lutter contre les effets du changement climatique urbain
  • Effectif : 12 personnes
  • Chiffre d'affaires prévisionnel 2020 : 1 million d'euros