Dossier spécial 2020 :
Entrepreneurs for good

Ils ressuscitent les smarphones

Témoignage

Thibaud Hug de Larauze, Vianney Vaute et Quentin Le Brouster, fondateurs de Back Market

Ils ressuscitent les smartphones

Quelle est l'activité de Back Market ?

Il s'agit d'une place de marché en ligne qui propose des milliers de produits tech remis à neuf par des professionnels certifiés. Cela va du smartphone au lave-linge en passant par des appareils audio. Nous avons crée l'entreprise avec mes deux associés en 2014 avec l'idée de donner une nouvelle vie aux millions de produits tech qui dorment dans les tiroirs ou qui finissent à la poubelle. Chez nous, tous les produits sont testés, vérifiés, garantis (6 mois) et vendus entre 30 et 70 % moins chers que du neuf. Nous travaillons avec 800 professionnels scrupuleusement sélectionnés, qui doivent respecter un cahier des charges strict tant sur les aspects techniques de la remise à neuf que sur la partie e-commerce (logistique, expédition, service clients...). Nous sommes présents dans 6 pays : en France, en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Belgique et aux USA. Nous sommes un peu plus de 200 aujourd'hui, et nous recrutons environ 5 personnes par semaine. Depuis notre démarrage, nous sommes en hyper-croissance : nous vendons en moyenne 100 000 produits par mois sur le site.

Revenons à vos débuts. Quelles ont été les premières étapes de la création de votre entreprise ?

Dès que nous avons compris qu'il y a avait un énorme marché à prendre, nous avons décidé d'aller très vite pour éviter de nous faire devancer. Nous avons lancé l'entreprise en novembre 2014, avec 15 000 ?, c'est-à-dire très peu, et avons tout de suite intégré le programme d'accélération de Numa. En moins de six mois, nous avions un site, une équipe et des clients. La question du financement s'est rapidement posée face à notre montée en puissance. En 2015, nous avons levé 300 000 ? auprès de business angels : Thierry Petit (Showroomprivé), Nicolas d'Audiffret (Little Market) et Benoît Ficheur (Astorg). Au-delà de smart money, nous avions surtout besoin d'être entourés et conseillés, car tout allait vraiment très vite. En 2017, nous avons refait une augmentation de capital de 7 millions d'euros suivie, en 2018, d'une levée de 48 millions d'euros pour booster l'international. Ces financements de croissance ont été portés par le Groupe Arnault (la holding familiale du PDG de LVMH), Eurazeo et les investisseurs historiques Daphni, Aglaé Ventures et Thierry Petit. Ces capitaux vont nous permettre d'adresser le marché au niveau global pour financer l'expansion géographique, continuer à investir dans la qualité et recruter.

Vous identifiez-vous au phénomène « Entrepreneurs for Good » ?

À 1 000 % ! Avec le reconditionnement, nous luttons contre l'obsolescence programmée des appareils. C'est notre message, nous voulons démocratiser la consommation de produits ressuscités. Plus nous en vendrons, moins de produits neufs seront vendus. Et plus nous grandirons, plus notre impact sur l'environnement sera positif. Depuis la création de Back Market, nous avons mesuré que 450 tonnes de déchets électroniques ont été évitées par l'achat de produits reconditionnés.

Vos clients sont-ils sensibles à l'argument écologique ?

Honnêtement, pas encore. Le critère d'achat numéro 1 pour les consommateurs reste le prix, suivi par l'assurance d'un produit garanti et testé. Ensuite, et seulement ensuite, ils se rendent compte que c'est bon pour la planète et qu'en achetant du reconditionné, ils réduisent leur empreinte écologique. C'est un 2e réflexe pour eux, mais pas le premier. Nous pensons cependant que les choses bougeront en éduquant le consommateur après son achat. Quand nous expédions un produit, nous envoyons un petit message indiquant au client qu'il a évité 150 grammes de déchets électroniques. La prise de conscience devient alors réelle : le client est plus réceptif, et il se dit qu'il n'est peut-être plus obligé d'acheter du neuf.

Votre entreprise ne profite-t-elle pas de la surproduction et de la surconsommation actuelles ?

Je ne pense pas. Cette économie circulaire que nous avons mise en place fonctionnerait sans neuf et même mieux sans cette surproduction. Si on arrêtait de produire du neuf, les consommateurs n'auraient pas d'autre choix que d'acheter de l'occasion ou des produits remis à neuf. Plus le reconditionné prend de place, moins il y en a pour le neuf et donc moins il sera produit. Je pense que nous sommes au tout début de cette transition, et c'est notre rôle, en tant qu'acteur majeur, de nous assurer que cette transition soit la plus rapide et la plus impactante possible.

Un marché écologique et économique

D'après le cabinet d'études Counterpoint Research, plus de deux millions de téléphones remis à neuf auraient été vendus en 2017 en France, représentant 10 % des ventes des téléphones portables dans le pays. Ce chiffre, qui a presque doublé en moins de deux ans, augmentera à coup sûr dans les années à venir, car les Français sont de plus en adeptes du reconditionné. 33 % d'entre eux posséderaient un produit reconditionné, et 45 % d'entre eux plébiscitent les smartphones reconditionnés. Les ordinateurs et le petit électroménager comme le micro-ondes, le grille-pain ou l'aspirateur se placent à la deuxième place du podium, avec chacun 20 %. Le gros électroménager, notamment les congélateurs et les tablettes, complètent le classement, avec respectivement 14 et 11 %. Au-delà du critère prix, et d'après un rapport Kantar TNS, les consommateurs citent à 34 % le recyclage comme élément déclencheur d'achat. Un bon point. Par exemple, l'empreinte carbone d'un smartphone reconditionné est 10 fois plus faible que celle d'un smartphone neuf (10 kg de CO2 contre 100 kg pour un smartphone neuf).

Éléments clés
  • Date de création : 2014
  • Activité : reconditionnement de produits tech
  • Effectif : 200 personnes
  • Chiffre d'affaires : 230 millions d'euros