Dossier spécial 2020 :
Entrepreneurs for good

Entrepreneurs for good

Ils veulent changer le monde dans l'intérêt de tous : lutter contre l'exclusion, réduire le gaspillage, préserver la planète, recréer du lien social ou privilégier l'usage à la propriété ! Eux, ce sont les Entrepreneurs for Good. Ces créateurs d'entreprises d'un nouveau genre souhaitent non seulement lancer des business utiles et rentables mais aussi mesurer l'impact social de leur activité.

Ils s'appellent Back Market, Selency Brocante Lab, Lulu dans ma rue, Ecclo, La Cravate Solidaire ou Co Wash et utilisent les potentialités du numérique pour donner une deuxième vie à des produits usagés, lutter contre le gaspillage, renforcer l'engagement civique ou développer du lien avec les plus démunis. Ils ont fait du digital un levier pour répondre aux urgences sociales et environnementales, faire évoluer les pratiques et créer de nouvelles solidarités. À la tête de ces entreprises, de jeunes - ou moins jeunes - entrepreneurs, qui ont tous l'envie de faire bouger les lignes.

Contribuer à un monde meilleur

Ces Entrepreneurs for Good aux idéologies très diverses, depuis le monde associatif en passant par les start-up, sont aujourd'hui présents dans tous les secteurs : l'alimentaire, le textile, les services, l'environnement, l'éducation... Ils ont compris, à l'image de Greta Thunberg, que « la maison est en feu » et que l'entrepreneuriat social est le moyen le plus rapide et le plus efficace de contribuer à un monde meilleur et à une économie plus juste. Ils en sont d'ailleurs persuadés. D'après le baromètre 2019 de l'entrepreneuriat social publié par Convergences, 87 % se disent optimistes quant à leurs capacités à répondre aux enjeux sociétaux et environnementaux actuels.

Mesurer l'impact

Pour autant, cet optimisme ne doit pas masquer une réalité plus nuancée. En 2018, seuls 22 % des entrepreneurs sociaux déclaraient tirer plus de 50 % de leurs revenus de leur activité, signe que le modèle économique de nombreuses structures reste encore à consolider. Et 43 % identifiaient le manque de moyens comme principal frein à leur développement. Car c'est là, le hic. Les financeurs sont encore frileux. Pour convaincre et trouver les capitaux qui leur permettront de grandir, ils devront, à l'avenir, non seulement promettre aux investisseurs de la rentabilité financière mais aussi chiffrer la mesure de leur impact sociétal. Certains l'ont déjà compris. Comme les créateurs de Back Market, dont l'activité a permis d'économiser 450 tonnes de déchets électroniques et qui ont levé 48 millions d'euros en 2018. Preuve qu'un modèle centré sur un impact environnemental fort est tout à fait compatible avec de belles levées de fonds.

Vous trouverez dans ce dossier les témoignages de dix Entrepreneurs for Good, pour certains bien lancés, pour d'autres encore au stade du développement. Quels que soient leur secteur d'activités, la forme juridique de leur activité (start-up ou association) ou leur âge, ils sont tous les futurs acteurs du changement.

Valérie Froger

Interview expert

Jean-Philippe Courtois, Président Fondateur de Live For good et du programme Entrepreneurs for Good

Ces entrepreneurs sont animés par la volonté de réellement mesurer l'impact sociétal produit.

Depuis quelques années, le terme « Entrepreneurs for Good » se répand comme une traînée de poudre. Mais que veut-il dire au juste ?

Les entreprises sociales, au sens « Social Business », existent depuis longtemps. Plusieurs mouvements, comme celui initié par Muhammad Yunus pour le micro-crédit ou des structures comme Ashoka, ont ouvert la voie. Mais il est vrai que, depuis trois ou quatre ans, une nouvelle génération d'entrepreneurs, souvent jeunes, se lance dans des activités dites à impact. Les projets répondent à un ou plusieurs des 17 objectifs de développement durable fixés par l'ONU (voir encadré), liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l'environnement, à l'emploi... Mais l'idée va désormais plus loin, et ces entrepreneurs sont animés par la volonté de réellement mesurer l'impact sociétal produit. C'est cette quête de résultats qui, à mes yeux, est nouvelle.

N'ont-ils pas aussi l'ambition de créer des entreprises pérennes et rentables ?

C'est vrai. Au-delà d'agir pour l'intérêt général, les Entrepreneurs for Good créent des business qui génèrent du chiffre d'affaires et des revenus. Ils ne lancent pas des entreprises au rabais, ils visent l'excellence, la qualité et la rentabilité. Cette responsabilité financière et économique est, elle aussi, nouvelle, mais cette lucrativité est, en revanche, très encadrée. Les ressources sont réinjectées dans l'entreprise ou réaffectées de façon utile pour « magnifier » l'impact sociétal. La gouvernance est souvent participative dans ce type de business : les décisions ne sont pas dictées par les CEO ou les fondateurs mais prises de façon collégiale et concertée.

Quelles sont les motivations de tous ces entrepreneurs à impact ?

Ils veulent changer le monde en répondant à une mission qui a du sens. C'est un état d'esprit, ils sont respectueux de certaines valeurs. Les notions de communauté et d'altruisme sont très présentes chez eux : ils embrassent des causes communes, veulent aider et apporter une solution. Ils sont aussi animés par ce que Carol Dweck, Professeur de psychologie à l'Université de Standford, appelle le growth mindset (ndlr : un état d'esprit de développement). Ils n'ont pas peur du risque, voient l'effort comme une nécessité pour parvenir à un meilleur résultat, acceptent leurs erreurs comme un moyen d'apprendre et se laissent moins abattre par un échec. Pour eux, rien n'est impossible.

Le digital a participé à l'émergence de cette nouvelle génération d'entrepreneurs. De quelle manière ?

Il a accéléré le phénomène. La rapidité et le pouvoir du Cloud facilitent la création de ces entreprises. Les investissements sont moindres au départ, on va plus vite, on teste, on se frotte au marché, aux clients et à l'écosystème. Nous remarquons que les Entrepreneurs for Good pivotent 3 ou 4 fois avant de trouver un modèle qui crée à la fois de la valeur ajoutée et de l'impact.

En quoi consiste votre association Live For good et votre programme Entrepreneurs for Good ?

J'ai crée l'association en 2015. Pour des raisons personnelles et professionnelles, je suis très sensible à la problématique de l'entrepreneuriat social et du numérique qui, combinés, sont à mes yeux deux formidables leviers d'impact. Chez Microsoft, où je travaille (Jean Philippe Courtois est Vice-Président Exécutif & Président Monde des Ventes, du Marketing et des Opérations du géant américain), je me suis intéressé à la micro-finance. Bill Gates, que j'ai beaucoup côtoyé, m'a également beaucoup inspiré sur l'opportunité que nous avons d'aider à changer le monde positivement. Notre association a pour mission d'aider les jeunes de tous horizons qui souhaitent créer un business à impact positif. Dans le cadre du programme Entrepreneurs for Good, lancé en 2018, nous sélectionnons une cinquantaine de candidats que nous accompagnons pendant six mois. Boot Camp, coaching, ateliers, mise en relation, etc., tout est fait pour faciliter leur réussite. 95 % des 41 jeunes issus de notre 1re promotion (2018-2019) sont toujours en activité.

17 objectifs pour rendre le monde meilleur

En septembre 2015, l'ONU a défini 17 objectifs de développement durable (ODD) à atteindre en 2030. Ils couvrent l'intégralité des enjeux de développement dans tous les pays, tels que le climat, l'eau, la pauvreté, l'égalité, l'inclusion ou la consommation responsable.

  • 1/ L'éradication de la pauvreté : mettre en place des systèmes de protection sociale pour soulager les souffrances des pays exposés aux catastrophes et apporter un soutien face aux risques économiques importants.
  • 2/ La lutte contre la faim : investir dans l'agriculture pour augmenter les capacités de la productivité agricole, et des systèmes durables de production de nourriture.
  • 3/ La santé et le bien-être des populations et des travailleurs : éliminer un large éventail de maladies et résoudre les problèmes de santé persistants et émergents.
  • 4/ L'accès à une éducation de qualité : assurer l'accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d'égalité, et promouvoir les possibilités d'apprentissage tout au long de la vie.
  • 5/ L'égalité entre les sexes : parvenir à l'égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles.
  • 6/ L'accès à l'eau salubre et l'assainissement : garantir l'accès de tous à des services d'alimentation en eau et d'assainissement gérés de façon durable.
  • 7/ L'accès à une énergie propre et d'un coût abordable : garantir l'accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes.
  • 8/ Le travail décent et la croissance économique : promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous.
  • 9/ La promotion de l'innovation et des infrastructures durables : imaginer des façons nouvelles et novatrices de réutiliser du vieux matériel.
  • 10/ Réduction des inégalités : réduire les inégalités dans les pays et d'un pays à l'autre.
  • 11/ Villes et communautés durables : faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables.
  • 12/ Consommation et production durables : encourager à utiliser les ressources et l'énergie de manière efficace.
  • 13/ Changements climatiques : prendre d'urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions.
  • 14/ Vie aquatique : conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines.
  • 15/ Vie terrestre : préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l'appauvrissement de la biodiversité.
  • 16/ Paix et Justice : promouvoir l'avènement de sociétés pacifiques et inclusives, assurer l'accès de tous à la justice.
  • 17/ Partenariats pour la réalisation d'objectifs : renforcer les moyens de mettre en ?uvre le Partenariat mondial pour le développement et le revitaliser.