Dossier spécial 2018 :
Il n'y a pas d'âge pour changer de vie

65 ans - Entrepreneur de sa vie

À 65 ans et plus, il y ceux qui profitent paisiblement de leur retraite, et d'autres qui continuent à s'investir, soit en créant une petite activité complémentaire, soit en s'impliquant dans le milieu entrepreneurial.

Jean-Claude R. est un retraité heureux. À 68 ans, cet ancien cadre informatique partage sa vie entre le jardinage, sa passion pour les armes anciennes et la petite entreprise de conseil qu'il a créé en 2015 sous le régime micro-entrepreneur (ex-auto-entrepreneur). Un moyen pour lui de rester actif mais aussi de compléter ses revenus en cumulant sa pension de retraite et les revenus issus de son activité. Comme beaucoup, il a choisi ce régime pour sa simplicité (démarches simplifiées, charges calculées en fonction du chiffre d'affaires réalisé, comptabilité allégée). Et comme beaucoup aussi, il s'est lancé dans un secteur qu'il connaît, avec l'envie de transmettre son expertise et de capitaliser sur son expérience. « Le nombre d'auto-entrepreneurs retraités est en augmentation : ils étaient 1 % en 2009 contre 19 % en 2015. Cette forte évolution montre que les retraités ont de plus en plus besoin de compléter leurs revenus » analyse Grégoire Leclercq, président de la FEDAE (Fédération des auto-entrepreneurs). Le système actuel leur permet en effet de percevoir la totalité de leur pension de retraite (sans incidence sur son montant) et les revenus issus de leur activité d'auto-entrepreneur. « Le cumul est soumis à certaines conditions : il faut avoir l'âge légal de la retraite (entre 60 et 62 ans) ou avoir l'âge du taux plein (minimum 65 ans) et avoir fait liquider l'ensemble de ses pensions de base et complémentaire auprès des régimes de retraite obligatoires » poursuit Grégoire Leclercq. Avec un montant moyen des retraites qui s'élève à 1 376 € par mois en 2017, les motivations financières sont souvent mises en avant par les seniors entrepreneurs. « Je réalise deux à trois misions par an, cela me suffit car ma pension est correcte. Mais mon activité d'auto-entrepreneur me permet de maintenir un certain niveau de vie » déclare Jean-Claude R.

Se sentir utile

Dans sa dernière étude annuelle publiée en 2017, la banque HSBC s'est intéressée au phénomène grandissant des « silverpreneurs ». L'un de ses auteurs, Aurélien Drain, Responsable Développement, fait le constat suivant : « Dans les 10 prochaines années, il y aura de plus en plus de gens qui choisiront de devenir entrepreneurs à un stade plus avancé de leur vie, ou qui souhaiteront partager et transmettre leurs expériences avec les autres générations ». Cette dernière tendance est déjà en marche. Beaucoup de retraités veulent effectivement se sentir utiles et créer du lien social, sans pour autant quitter l'univers de l'entreprise dans lequel ils ont évolué pendant des années. Ils sont de plus en plus nombreux à rejoindre des associations d'aide à la création d'entreprise (Ecti-Egee – Réseau Entreprendre) où, en qualité de bénévole, ils dispensent leurs conseils aux plus jeunes. Avec 2,5 millions d'anciens cadres et dirigeants d'entreprise en retraite, ce phénomène n'en est qu'à ses débuts. Il contribuera très certainement avec le temps à booster le dynamisme de l'entrepreneuriat français.

Témoignage

Jean-Luc Grimonpont, 65 ans, retraité et membre du Réseau Entreprendre

Accompagner les jeunes créateurs

Cet ancien patron de PME, aujourd'hui à la retraite, partage son expérience avec de jeunes porteurs de projet au sein d'un réseau d'accompagnement à la création d'entreprise.

Depuis 2014, Jean-Luc Grimonpont coule des jours heureux à la retraite. Cet ancien dirigeant d'une PME de négoce et de fabrication de peinture située près d'Angers n'en reste pas moins actif, et impliqué dans le milieu entrepreneurial local. « J'ai cédé l'entreprise à mon fils mais une fois la transmission finalisée, je me suis senti moins utile. Après des années passées à m'être occupé de mon activité, je ne pouvais pas rester à ne rien faire ». Il rejoint le Réseau Entreprendre Maine-et-Loire, et en devient rapidement responsable de l'animation des clubs de créateurs d'entreprise accompagnés par le réseau. « Quand j'ai repris mon entreprise en 1988, j'ai été confronté à la solitude. Cet isolement est commun à bon nombre d'entrepreneurs. J'aurais aimé à cette époque être conseillé par des chefs d'entreprise en activité. Cette volonté d'aider et de partager m'a poussé à intégrer l'association » confie le senior. Bien que bénévole, Jean-Luc Grimonpont consacre un quart de son temps à ses activités au sein du réseau. Il conseille les créateurs, les aident, les écoutent, toujours avec bienveillance. Il les met parfois en garde, en évitant de tomber dans le rôle du vieux donneur de leçons, qui sait tout. « Ce lien intergénérationnel est très riche. Il me permet de rester en contact avec la réalité du terrain et le monde de l'entreprise. » Jean-Luc Grimonpont prêche aussi la bonne parole dans les collèges et les lycées de la région : « Je sensibilise ce jeune public à l'entrepreneuriat et à l'entreprise. Je leur explique que diriger une PME apporte beaucoup et que le monde de l'entreprise ne se résume pas à Carlos Ghosn. J'essaie de leur transmettre la vision du possible, avec le souhait qu'ils deviennent un jour eux aussi patrons » raconte le retraité. « Je profite et fais profiter les autres de mon expérience tant que je peux le faire. Je suis encore au goût du jour, plaisante-t-il, mais les choses évoluent vite aujourd'hui. D'ici quelques années, je pense que mon niveau d'acuité ne sera plus le même. Je me poserai alors la question de rester ou non nom au sein du réseau » conclut ce grand-père de 9 petits-enfants, qui pourra alors s'occuper d'eux à temps plein, et qui sait, les sensibiliser à l'entrepreneuriat !

Éléments clés
  • Date de création : 2014
  • Lieu : Paris
  • Effectif : 12 salariés
  • Chiffre d'affaires : 2 millions d'euros

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