60 ans - La reprise d'entreprise comme point d'orgue de sa carrière

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Dossier spécial 2018 :
Il n'y a pas d'âge pour changer de vie

60 ans - La reprise d'entreprise comme point d'orgue de sa carrière

Alors que certains pensent déjà à la retraite, nombre de sexagénaires choisissent de reprendre une entreprise. Un challenge pour beaucoup d'entre eux mais aussi un moyen de rester actifs et de se constituer un patrimoine.

« J'en avais plus que marre de la vie parisienne. Et puis, à presque 60 ans, je me suis dit que c'était le moment ou jamais de changer de vie... ». Marc Dubois ne regrette pas le virage qu'il a pris en 2013. Remercié après 30 ans de carrière chez PSA et d'autres grands groupes, il a décidé de reprendre une entreprise près du Havre. « J'avais de l'argent, j'étais trop jeune pour songer à la retraite, et surtout, j'avais envie de m'investir dans un projet qui n'appartienne qu'à moi et qui me permette de finir en beauté. » Après quelques mois de recherche, et l'accompagnement du CRA (Cédants et repreneurs d'affaires), il déniche la perle rare, une petite entreprise de 3 personnes, Etalmag, spécialisée dans l'équipement des magasins.

Comme Marc Dubois, de plus en plus de sexagénaires choisissent de s'offrir une deuxième vie professionnelle à l'heure ou d'autres tirent leur révérence. La crise est bien évidemment passée par là, laissant sur le carreau des milliers de seniors. Bien qu'expérimentés et prêts à faire des concessions, ils ont du mal à retrouver un emploi salarié. Résultat, ils sont de plus en plus nombreux à choisir la reprise d'entreprise pour conserver un pied dans la vie active et créer leur emploi. D'après l'association CRA qui forme et accompagne chaque année plus de 1 500 repreneurs, leur nombre augmente d'année en année. Ils sont aujourd'hui 37 % contre 25 % en 1999.

Maturité professionnelle

Reprendre une entreprise à presque 60 ans présente en effet de nombreux avantages. Au-delà de l'expérience et des compétences acquises au fil des années, le cap de la soixantaine représente un moment propice en raison de la diminution des charges familiales (plus d'enfant à domicile, ni de crédits à rembourser) et du sentiment d'avoir atteint une maturité professionnelle. Sans compter que beaucoup quittent leur emploi avec de belles indemnités de départ. D'après le CRA, plus de 64 % des repreneurs disposent d'un apport personnel compris entre 100 000 et 500 000 euros. « J'ai investi mes indemnités dans le projet de reprise. Leur montant représentait 30 % de l'investissement total » explique Marc Dubois, qui cependant ne cache pas les difficultés qu'il a rencontrées pour obtenir un crédit bancaire. « On croit à tort que les anciens cadres sont appréciés des banques mais la réalité est tout autre. J'ai entendu dire que ces profils étaient trop généralistes, pas assez experts » constate le repreneur. L'accès au crédit bancaire semble en effet moins répandu pour cette population sans doute jugée moins bankable ».

Capitaliser pour la retraite

Beaucoup voient également à travers la reprise d'une entreprise la possibilité de capitaliser sur leur avenir et de réaliser une opération patrimoniale. Ils se donnent une dizaine d'années pour développer l'affaire avec l'idée de la revendre plus tard en réalisant une plus-value à la sortie. Une bonne stratégie pour disposer d'un capital significatif au moment de son départ en retraite. Marc Dubois est dans ce schéma de vie. « Je vis cette reprise comme une période charnière avant la retraite. Je me donne quelques années pour développer l'entreprise, et ensuite on verra. Soit j'étudierai les opportunités de cession, soit je lâcherai du lest en confiant les rênes à un salarié. »

Un cap psychologique

Reste cependant à opérer le virage de la reprise d'entreprise avec succès car ce changement de cap ne se fait pas sans quelques concessions. Troquer le costume cravate pour endosser un bleu de travail représente une étape psychologique importante à franchir. Il ne faut pas minimiser le changement de statut social. Les premiers mois, le repreneur va perdre une partie de son pouvoir d'achat et ne touchera pas le même salaire. Une réduction de 30 à 50 % en moyenne est à prévoir pour les seniors qui occupaient des postes de cadres dirigeants. Il faut aussi se faire une raison et oublier les réflexes du salariat. Gérer une petite entreprise, après avoir passé 20 ou 30 ans dans un grand groupe, nécessite des qualités et des compétences très différentes. En devenant dirigeant, le repreneur devient seul maître à bord : il n'a plus de service informatique, financier ou ressources humaines à portée de main et doit bien souvent régler les problèmes d'ordre technique seul. Il côtoie des personnes différentes, avec une autre culture et un autre niveau, et doit être capable de s'adapter. Il est important de se former et de se préparer à tous ces changements. Plusieurs formations, comme celle du CRA ou de l'École des managers, permettent de prendre conscience de ces difficultés mais aussi de mener à bien son projet. Car une reprise ne s'improvise pas : il faut comprendre le marché, sélectionner les bonnes cibles, travailler sur plusieurs dossiers en même temps, auditer les comptes, négocier avec le cédant, accepter une période d'accompagnement... Autant d'étapes, longues, qui durent d'après le CRA entre 13 et 15 mois.

LE CARNET D'ADRESSES DU REPRENEUR

Se former

  • CRA (Cédants et repreneurs d'affaires) : formation de 3 semaines pour apprendre les méthodes et les techniques de reprise d'entreprise. Environ 9 sessions par an dans toute la France. www.cra.asso.fr
  • École des managers (EDM) : dispositif de formation individualisée, professionnalisante et diplômante créée à l'initiative des CCI de France. Formation de 55 jours répartie sur 14 à 16 mois pour les salariés repreneurs et les repreneurs externes. Plusieurs sessions par an dans les 21 écoles. www.cci.fr

Trouver des affaires

  • Fusacq : place de marché qui propose des annonces d'entreprises à reprendre dans tous les secteurs d'activités et dans toute la France. www.fusacq.com
  • Base repreneurs de l'AFE : outil de mise en relation entre repreneurs et cédants. Afe.creation.fr
  • Bourse nationale de la transmission d'entreprise, BpiFrance : regroupe des annonces de cessions classées par critères (secteur d'activité, chiffre d'affaires, prix de cession...). www.reprise-entreprise.bpifrance.fr

Se faire conseiller

  • Althéo : cabinet conseil spécialiste de la recherche de cibles et de l'accompagnement du repreneur. www.altheo.com
  • Chambres de commerce et d'industrie et Chambre de métiers et de l'artisanat.

Témoignage

Philippe Gros, 60 ans, repreneur et président de Loopgrade

À mon âge, la reprise s'est imposée !

À l'heure de la préretraite, Philippe Gros a choisi de reprendre une entreprise... et de la développer sur le long terme.

Ingénieur de formation, Philippe Gros a passé toute sa carrière à des postes à responsabilités au sein de grands groupes informatiques et télécom. « J'ai toujours aimé ce que je faisais mais j'ai constaté aussi qu'en tant que salarié, j'avais du mal à aller au bout des décisions. Je ressentais une forme de frustration. » En 2014, il profite d'une énième restructuration de son entreprise pour prendre un nouveau départ. « J'avais 57 ans, il n'était pas question d'attendre l'âge de la retraite. L'entrepreneuriat me trottait dans la tête depuis plusieurs années, mais je n'avais jamais osé me lancer ». Il réfléchit, valide son envie de lancer un projet d'entreprise et se pose les bonnes questions. « À mon âge, il valait mieux reprendre plutôt que de créer ex nihilo une société, car les projets de création sont longs à amorcer. Je ne pouvais pas me permettre d'attendre 2 ou 3 ans, j'avais besoin d'un projet déjà sur les rails, avec une gestion des risques plus limitée. » Philippe Gros suit une formation au CRA en 2015 avant d'entamer des démarches pour trouver la pépite qui lui convient. Son souhait : rester dans le secteur d'activités qu'il connaît et si possible dans sa région. Pendant 18 mois, il étudie 30 dossiers, en sélectionne 3 et finit par tomber sur Loopgrade, une petite PME de 7 salariés, positionnée sur le conseil en télécommunications auprès des collectivités territoriales, qui réalise un chiffre d'affaires de 1,3 millions d'euros. « L'entreprise avait un bon potentiel de diversification et de croissance » poursuit le repreneur, qui reconnaît que son expérience a joué en sa faveur à plusieurs reprises dans le process de reprise. « Mon âge m'a crédibilisé, auprès des banques mais aussi du cédant, qui s'est senti rassuré par mon profil. Il en a été de même avec le réseau Entreprendre Yvelines, qui m'a retenu comme Lauréat 2017. Tous ont compris que je n'étais pas là pour tenter un coup, mais que je me positionnais au contraire sur la durée dans une logique de continuité et de croissance maitrisée. » Le senior, expérimenté, met aussi en avant la confiance qu'il a inspirée ici et là. « C'est important quand on reprend une entreprise, notamment auprès des salariés qui ont besoin d'être sécurisés. » Philippe Gros se donne 10 ans pour développer et faire grandir Loopgrade.

Éléments clés
  • Date de création : 2017
  • Lieu : Montigny-le-Bretonneux (78)
  • Effectif : 7 salariés
  • Chiffre d'affaires : 1,3 millions d'euros

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