Dossier spécial 2018 :
Il n'y a pas d'âge pour changer de vie

30 ans - Partir à la conquête du monde

Des rêves d'expatriation, il y en a à tout âge. Reste qu'à la trentaine, on part souvent plus léger. Mais pas sans une bonne préparation !

Ouvrir une boulangerie à San Francisco, un hôtel en Thaïlande, créer sa start-up en Islande... De quoi faire rêver nombre de Français qui veulent changer de vie. Et notamment les trentenaires. En effet, à cet âge, on a accumulé assez d'expérience pour avoir quelques idées de création d'entreprise, et on a juste assez de moyens pour ne pas partir avec seulement un sac à dos. Mais, surtout, peu ou pas encore de patrimoine immobilier qui vous retiendrait comme un fil à la patte, ni d'enfants, ou alors suffisamment jeunes pour qu'un départ à l'étranger soit gérable.

Bref, la trentaine est un âge propice à la grande aventure de l'international. Oui, mais pas à n'importe quel prix. Pas question de confondre nouvelle vie professionnelle à l'étranger avec des sortes de vacances 365 jours par an. La première question à vous poser, c'est « où partir ? ». Ou « pourquoi partir ? ». Si vous avez déjà un projet professionnel précis en tête, la destination sera choisie en fonction de son adéquation avec cette idée. Par exemple, monter une agence de nounous françaises en Chine, qui connaît actuellement une forte demande sur ce créneau. Autre point de départ possible : choisir d'abord la destination, puis trouver le créneau à développer sur place. Langues, affinités culturelles, réseau in situ sont autant de critères de choix possibles.

Voyage accompagné

Un changement de vie à l'international ne se fait pas sans bonne préparation, notamment sur tous les aspects administratifs : quelles sont les règles en matière de permis de travail, de création d'entreprise ? Sachez que certains pays, notamment en Asie, exigent du créateur un associé local... Alors, afin de mettre toutes les chances de votre côté, n'hésitez pas à frapper à la porte de certaines structures – les ambassades, les chambres de commerce et d'industrie françaises à l'étranger (www.ccifrance-international.org), par exemple. Mais aussi, bien sûr, à solliciter les différents réseaux d'expatriés.

Si vous avez déjà créé une entreprise en France et que vous songez à l'internationaliser, tentez votre chance du côté des programmes tels que Netva, qui aide des jeunes entreprises innovantes à découvrir des écosystèmes en Amérique du Nord, à trouver des partenaires, des investisseurs, etc. De même, de plus en plus d'incubateurs développent de telles initiatives d'exploration qui vous aident à mettre un premier pied à l'étranger.

Autre programme relativement méconnu : Erasmus Entrepreneur (www.erasmusentrepreneurs.eu). Sans critère d'âge, il permet à de jeunes ou futurs entrepreneurs de se former auprès d'entrepreneurs chevronnés dirigeant de petites entreprises en Europe. Pendant 1 à 6 mois, c'est une belle occasion d'apprendre les bases du métier d'entrepreneur, mais aussi de mieux connaître le pays qui vous attire. Enfin, face à cette tendance de fond qu'est l'envie de s'expatrier pour créer et se créer une nouvelle vie, de jeunes entreprises peuvent aussi vous aider. C'est le cas de Pack Your Skills. Cette start-up réinvente le volontariat international en permettant à des voyageurs de soutenir des entreprises et associations « à impact positif » en échange d'hébergement. De quoi tester ses compétences professionnelles tout en découvrant l'univers de l'entrepreneuriat sous d'autres latitudes !

Témoignage

Sébastien Coly, Celestis. Inc.

Le Québec pour prendre de la hauteur !

Auto-entrepreneur avec plusieurs cordes à son arc, Sébastien quitte tout pour le Québec... en 3 mois ! 7 ans plus tard, il est à la tête de trois entreprises et s'investit auprès de jeunes entrepreneurs à Montréal.

« Le départ de France était surtout une aventure en couple. Moins de 30 ans, tous deux entrepreneurs individuels. Rien à perdre, tout à gagner ! » Sébastien Coly se remémore son grand départ pour le Québec. C'était le 11 septembre 2010 et, avec sa compagne Marjorie, ils se disent que le Québec est la destination idéale, « par facilité de langue, de mentalité (ce qui est faux après expérience), pour les opportunités professionnelles, les grands espaces et la possibilité d'achat immobilier ». Ils décollent dans le cadre d'un PVT, dispositif permettant aux 18-35 ans de résider et de travailler au Canada 1 an sans demande d'immigration. 3 mois de démarches administratives, un peu de tri, trois malles... et c'est le grand saut. Avant ce départ, Sébastien travaillait en tant qu'auto-entrepreneur dans le domaine de la photographie. Mais, en parallèle, il a pour passion la hauteur : il était cordiste indépendant pour des compagnies de travaux en hauteur.

Au bout d'1 an au Québec, après avoir obtenu ses papiers de résident permanent, c'est le déclic : il lance une entreprise individuelle de 3D immobilière, Immoplan. « Intéressé par les nouvelles technologies 3D, il y avait un réel besoin en la matière chez les agences et les promoteurs immobiliers. Aujourd'hui, Immoplan se complète avec VR Innovation, une entreprise de technologie de réalité virtuelle. » Ce serial entrepreneur n'oublie pas sa passion des hauteurs, puisqu'il lance en 2013 Vertical Solutions, spécialisée dans les travaux d'accès difficile en hauteur. Peu banal !

Le plus difficile malgré ces réussites ? « Être loin de la famille, des amis d'enfance, confie Sébastien. S'adapter à la mentalité québécoise (bien différente de la mentalité française). Se recréer un réseau d'amis et un réseau professionnel. Et retrouver de bons spots d'escalade ! » Heureusement, il a pu bénéficier d'appuis solides, « notamment le réseau d'affaires que je me suis créé en développant mes activités entrepreneuriales ». De quoi se bâtir une nouvelle vie solidement ancrée au Québec : président de Celestis, regroupant ses entreprises, il gère ses équipes de techniciens, continue d'être présent sur chantier et développe ses activités au sein d'un incubateur de start-up. « Je reste connecté au milieu des jeunes entrepreneurs de Montréal et essaie d'automatiser les processus logistiques d'entreprise ou de revendre certaines activités pour avoir plus de temps libre à consacrer à ma fille et à mes voyages en France. Mes priorités ne sont plus professionnelles, comme elles l'étaient il y a 3 ans, mais personnelles à présent ! » Ses conseils ? « Définissez bien vos priorités futures avant de vous engager à changer de vie. Vos objectifs du moment pourraient être autres quelques années plus tard. En cas de regrets passés, faire le nécessaire au présent pour un meilleur futur ! »

Éléments clés
  • Date de création Celestis Inc. (Vertical Solutions, Immoplan, VR Innovation) : 2013
  • Lieu : Montréal
  • Effectif : de 4 à 10 techniciens, selon la saison, spécialisés en travaux en hauteur
  • Chiffre d'affaires : 585 025 $CA (exercice 2015-2016)

Témoignage

Isabelle Morio, à El Nido (Philippines)

« Encore aujourd'hui, je suis en perpétuelle contemplation. »

Craquant pour un coin de paradis aux Philippines, Isabelle dit adieu à Paris. Loin de se prélasser sous un cocotier, elle y gère aujourd'hui 4 entreprises.

Avec ses chapelets d'îles encore souvent méconnues, les Philippines sont une destination touristique en devenir. En ligne de mire, l'île de Palawan et, plus particulièrement, El Nido. Sur son île, son « nid », la vie d'Isabelle Morio peut faire rêver. Pourtant, loin de se la couler douce, c'est bien une vie de chef d'entreprise aguerrie qu'elle mène. Elle est, en effet, à la tête de quatre entreprises qu'elle a fondées pour se recréer une vie plus ensoleillée. C'est en 2010 que tout a commencé. Âgés de 30 et 32 ans, Isabelle et son compagnon, Hugo, travaillaient tous deux à Paris. Une vie « très sympa », dans l'immobilier et dans la pub. Pourtant, ils plaquent tout. Le déclic ? La beauté d'El Nido : « Le paradis sur terre, presque inaccessible il y a 10 ans, lance Isabelle. Encore aujourd'hui, je suis en perpétuelle contemplation. Nous avions beaucoup voyagé, et jamais nous n'avions vu un site aussi magnifique, et absolument pas développé. » Pour le couple, malgré leur carrière, le choix est vite fait : « Nous nous sommes dit qu'il y avait quelque chose à faire. Pas mariés, pas d'enfant : on se donne 6 mois, et on verra ! Cela fait 7 ans maintenant ! ». Pour se lancer, il leur faudra 1 an, le temps de s'intégrer, de comprendre les lieux et de rapatrier les fonds nécessaires.

S'ils ont senti que créer leur propre affaire aux Philippines était un bon investissement, avec un petit plus – « les pieds dans l'eau turquoise » –, entre la carte postale et la réalité, il y a souvent des différences. « Nous voulions construire un petit resort orienté écotourisme. Finalement, nous avons fait tout autre chose, précise Isabelle. Nous avons débuté par une boutique de vêtements (la 1re à El Nido), puis une crêperie (la 1re encore) ; ensuite, nous avons ouvert une pizzeria et, enfin, construit des maisons que nous louons via Airbnb (les 1res à El Nido). Nous adorons créer et nous lancer de nouveaux défis ! » Aujourd'hui, ces quatre structures fonctionnent très bien et emploient une quarantaine de personnes en saison.

Le plus difficile ? « Cela a été de vivre dans un pays en développement et d'un point de vue culturel radicalement différent de ce que nous sommes. Accepter la violence, la condition déplorable de certaines femmes ou enfants, mais aussi des animaux. De ne pas juger, de voir mon aide rejetée et d'oublier toutes mes considérations d'Européenne bien-pensante pour m'acclimater à une nouvelle culture », constate Isabelle. Surtout, elle regrette d'avoir privilégié le business au détriment du bien-être de son couple (aujourd'hui séparé). « Mais aucun regret d'être partie ! » Un dernier conseil ? « Ne jugez pas, ne pensez pas tout savoir, restez humble et toujours souriant ». Pas si évident que cela sous d'autres latitudes, mais nécessaire pour un changement de vie réussi.

Éléments clés
  • Date de création : 2010
  • Lieu : El Nido (Philippines)
  • Effectif : 40 salariés
  • Chiffre d'affaires : NC

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