Dossier spécial 2018 :
Il n'y a pas d'âge pour changer de vie

20-25 ans - Liberté chérie

À peine sortis de l'adolescence et déjà patrons ! Les jeunes sont de plus en plus attirés par la création d'entreprise.

Fini les parcours tout tracés, les carrières à vie au même poste. Place à la liberté et à l'audace. Aujourd'hui, les moins de 25 ans préfèrent entreprendre et embaucher plutôt que de se faire recruter. D'après un sondage AFE-Opinion Way, plus de 30 % d'entre eux souhaitent ainsi créer leur entreprise pour accomplir un rêve et se réaliser pleinement. Pauline Cousseau fait partie de cette génération de « bébés entrepreneurs » que rien n'arrête et qui est convaincue que le bonheur est dans l'entrepreneuriat.

Partie à l'âge de 19 ans à Shanghai, sac au dos, elle a créé en 2011 avec Pierre Wizman, Polette, un site qui vend des lunettes 80 % moins chères. « Nous nous sommes lancés avec 2 000 € en poche, sans vision précise. Mais nous avons tenté notre chance, nous étions déterminés et surtout, nous n'avions rien à perdre », confie la jeune femme, dont l'entreprise emploie aujourd'hui 125 personnes dans le monde, possède une poignée de magasins (en France et en Hollande) et réalise 50 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Goût du risque

Ces motivations sont communes à tous les jeunes entrepreneurs. Leurs atouts ? Pas de charges familiales, une peur de l'échec quasi inexistante et des idées plein la tête. Souvent issus des grandes écoles ou des universités, ils se lancent généralement dans le secteur Internet avec des concepts qui cassent les codes. Formés, informés et soutenus dans leurs parcours, une grande majorité d'entre eux commencent d'ailleurs à travailler sur leurs projets pendant leurs études.
C'est le cas de Benjamin Dupays : à 20 ans, alors étudiant à Sciences Po, il est parti à Singapour puis en Inde pour trouver un fabricant capable de conceptualiser son distributeur automatique, qui recycle les pièces de 1, 2 ou 5 centimes d'euros. Jeune, prêt à tout, sa fougue et sa jeunesse lui ont donné des ailes. Aujourd'hui, 6 ans plus tard, Centiméo, son entreprise, est sur les rails. Elle affiche 300 000 € de chiffres d'affaires et espère déployer 10 000 machines d'ici à 2020 en France et à l'étranger.

Bien accompagnés

Ces réussites ne sont pas le fruit du hasard. D'abord les jeunes créateurs sont souvent issus de grandes écoles et profitent des programmes d'accompagnement mis en place pendant leur étude (HEC Entrepreneurs, Mastère Centrale-Essec, EM Strasbourg - Bachelor Jeune entrepreneur...). Mais pas seulement ! Les structures d'aides à la création destinées aux jeunes, quel que soit leur profil, se multiplient. Mentorat, bourses, concours, incubateur... se développent un peu partout en France. Même dans les quartiers populaires. Ainsi du dispositif Cités Lab qui soutient les jeunes (et les moins jeunes) dans l'amorçage de leur idée, ou encore de l'association Les Déterminés qui proposent une formation de 6 semaines pour les 18/35 ans.

Manque de crédibilité

Si l'environnement est favorable, reste cependant un frein pour cette génération : le manque de crédibilité. À 20 ans, sans expérience, il n'est jamais facile de convaincre des banquiers, des fournisseurs ou des clients. La solution ? S'entourer d'un mentor, d'un associé expérimenté, d'un numéro 2 au bras long... C'est ce qu'a fait Bénédicte de Raphélis Soissan, la créatrice de Clustree, une plateforme RH lancée en 2013. « Mon idée n'existait pas et chamboulait complètement l'univers cloisonné des ressources humaines. J'étais seule, je n'avais pas fait de grandes écoles, j'étais une femme, je ne connaissais personne dans le milieu entrepreneurial... J'ai dû m'entourer en recrutant un directeur général de 58 ans issu du secteur traditionnel des ressources humaines ». La participation à des concours réservés aux jeunes (Petit Poucet, Moovjee, Graine de Boss, Prix Pépite, be.project...) peut également lever les obstacles. Au-delà des dotations financières, ces prix permettent de montrer que le projet est solide et qu'il a été validé par des professionnels.

Difficultés de financement

Les très jeunes entrepreneurs sont, davantage encore que les autres, confrontés au problème du financement. Sans apport personnel, ils savent qu'ils n'ont aucune chance de décrocher un crédit bancaire. Tous trouvent cependant des solutions alternatives. Ceux qui créent des entreprises dans l'économie traditionnelle peuvent se tourner vers des structures comme l'Adie (et son programme CréaJeunes) ou France Active (Cap'Jeunes) qui les accompagnent et leur apportent quelques milliers d'euros pour se lancer. Les plus ambitieux, dont les projets sont gourmands en capitaux, adoptent souvent une stratégie à grande échelle, bien huilée et quasi immuable. Ils commencent par du love money (sollicitation des proches), enchaînent avec quelques concours, lancent une campagne de crowdfunding, participent à des concours de pitch, lèvent des fonds...

Ensuite, et ensuite seulement, ils se tournent vers les financements publics et le crédit bancaire. C'est à peu de choses près le processus adopté par Benjamin Dupays : après une levée de fonds de 200 000 € sur la plateforme 1001Pact, il a obtenu 1 million d'euros de financements (subvention, prêt d'honneur...) auprès de BpiFrance et de Réseau Entreprendre.

COMBINER ÉTUDES ET CRÉATION D'ENTREPRISE

Unique en Europe, le statut d'étudiant entrepreneur permet aux jeunes créateurs de conserver leurs avantages sociaux (sécurité sociale étudiante, bourses...), d'obtenir un diplôme d'établissement (DE) dédié à l'entrepreneuriat et de bénéficier d'un accompagnement intégré à leur parcours universitaire (conseils de tuteurs, facilité pour intégrer un incubateur, possibilité de remplacer le stage de fin d'étude par un travail sur le projet de création...). Après des débuts timides lors de son lancement en 2014, il attire de plus en plus. En 2016, 2 500 étudiants ont bénéficié de ce statut contre 1 427 en 2015 et 645 en 2014.

Témoignage

Alexis Ucko, 25 ans, co-fondateur de Percko

S'entourer de compétences

Alexis Ucko et son associé Quentin Perraudeau ont créé Percko, une entreprise qui conçoit des tee-shirts intelligents pour lutter contre les maux de dos.

Changer la vie des gens ! Telle était la motivation d'Alexis Ucko lorsqu'il a rencontré son associé sur les bancs de l'école, au sein du Mastère Centrale-ESSEC Entrepreneurs. « Nous nous sommes connu le deuxième jour de rentrée. Nous voulions tous les deux créer une entreprise et notre idée de business est née rapidement, grâce à mon père, dentiste, qui comme 80 % de la population, souffrait de mal de dos ». Sans attendre les deux étudiants se penchent sur le marché : ils rencontrent des professionnels de la santé, interrogent des spécialistes de l'innovation textile et profitent d'un voyage de promo à San Francisco pour tester leur idée. En 2015, ils déposent un brevet pour leur tee-shirt, véritable « seconde peau intelligente » conçue pour stimuler une posture idéale et remuscler le dos. « Nous avions 22 ans, pas un sou en poche mais besoin de capitaux pour développer notre idée ». Ils lancent une campagne de crowdfunding sur Kickstarter et récoltent 400 000 €, bien au-delà de l'objectif de départ fixé à 30 000 €. « Cela nous a permis de financer la première phase de fabrication, et aussi de nous faire connaître ». Le buzz est rapide, et les premières commandes tombent. Les entreprises réclament leur Percko pour réduire les arrêts maladie de leurs salariés et les distributeurs (comme Nature et Découvertes, La Redoute, Amazon) référencent le produit. En parallèle, les deux jeunes entrepreneurs empochent des subventions (BpiFrance, région Île de France...) et remportent plusieurs prix, dont le concours mondial de l'innovation. Leur jeune âge n'est pas un handicap mais ils prennent soin de s'entourer, au départ d'un coach de l'Essec puis d'un mentor qu'ils ont rencontré grâce à leur prix au concours Moovjee. « Ils nous conseillent et nous aident à prendre du recul. Leur expérience n'a pas de prix, ils sont très présents à nos côtés » indique Alexis Ucko. « C'est eux, par exemple, qui nous ont conseillés de nous rémunérer rapidement, juste après la campagne Kickstarter. Quand on se lance, on ne sait jamais vraiment à quel moment il faut se payer ». Bien sûr, les deux entrepreneurs ne roulent pas sur l'or, mais leur business leur permet de vivre. « Je gagnerais davantage si j'avais suivi la voie classique et si j'étais devenu ingénieur. Mais franchement, si c'était à refaire, je ne changerais rien ». Prochains challenges pour Alexis Ucko : conquérir l'international et développer d'autres produits, notamment dans le domaine du sport.

Éléments clés
  • Date de création : 2014
  • Lieu : Paris
  • Effectif : 12 salariés
  • Chiffre d'affaires : 2 millions d'euros

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