Dossier spécial 2016 : Démarrer
en mode « start up »

Start up : un modèle à suivre...

Créer sa boîte en mode « startup »... pour certains, cela sonne comme la promesse d'un univers de travail plus « cool », de management en « friday wear » et de salles de détente avec jeux vidéo et hamacs pour la sieste. Des images d'Épinal qui cachent une autre réalité : les startups ont inventé de nouvelles manières d'entreprendre et de travailler, dont pourraient s'inspirer tout à la fois les entrepreneurs, les TPE-PME plus classiques, et même les grands groupes ! Car oui, il y a bien un mode d'entrepreneuriat spécifique aux startups, et qui a fait ses preuves. Créativité, management, financement, gestion des ressources humaines : tous les étages de l'entreprise sont concernés.

Tout au long de ce dossier spécial, nous vous présenterons quelques-unes des caractéristiques des startups en matière de création et de développement d'entreprise. Entre culot et ambition !

Design thinking et terrain

« Une des premières spécificités de ces jeunes entreprises, c'est une nouvelle forme de créativité, explique Michel Coster, professeur d'entrepreneuriat et directeur de l'incubateur de l'EMLYON. Lorsqu'un entrepreneur classique part d'une seule idée, ou passe des mois à chercher l'idée géniale (un mythe le plus souvent !), les startups génèrent des idées différemment. Ces nouveaux entrepreneurs partent de 4 ou 5 problématiques de sociétés en se demandant comment ils pourraient y apporter des solutions. Les startups inversent le processus créatif, elles l'améliorent. » Cette démarche, c'est le design thinking, une approche plus pragmatique du marché.

De même, une fois l'idée trouvée, cette nouvelle race d'entrepreneurs ne passe pas des mois à mettre en place une offre ultra calibrée. La tendance, c'est d'attaquer le marché rapidement, le plus souvent dans une dynamique collective, via l'open innovation. « L'idée, souligne Michel Coster, est d'aller vite, par exemple via des prototypes, des artefacts soumis à un public ciblé. » En clair, les jeunes entreprises passent très vite à l'opérationnel, loin des approches théoriques, des études de marchés classiques, avec une démarche plus affective, plus proche des gens. Dans le droit fil d'une nouvelle manière de communiquer issue des réseaux sociaux.

Même si cela n'exclut pas l'échec, les startups sont ainsi des modèles de rapidité, d'agilité, en se basant sur des itérations successives. Et si cela est aujourd'hui possible, c'est grâce notamment aux nouveaux outils comme Internet, le numérique, les imprimantes 3D.

Postures et méthodes spécifiques

Les startups sont aussi plus souvent très enclines à lever des fonds rapidement. Ce qui pour certains est vu comme un risque, une perte d'indépendance potentielle, est, côté startup, analysé comme un moyen de démarrer plus vite, plus fort et plus loin ! De même, les créateurs de startup se lancent en n'hésitant plus à penser à l'international très tôt. Certes, tous n'arriveront pas à exporter leur modèle, leur produit, leur service. Mais en pensant au-delà de nos frontières, ces jeunes entreprises ont dans leur ADN de quoi être prêtes à saisir des opportunités de développement plus rapidement que les entreprises franco-centrées !

Une autre spécificité, plus inattendue, réside dans la notion même d'échec : « Cette notion, très stigmatisée, fait partie intégrante de l'apprentissage au sein des startups », relève Michael Laviolette, professeur d'entrepreneuriat chez Novancia Business School Paris. Les entreprises plus traditionnelles peuvent intégrer ce principe pour innover, créer une activité complémentaire : en acceptant l'échec comme pouvant faire partie du processus, l'innovation se fait plus facilement !

« Les startups ont également pris l'habitude de pousser plus loin la notion de réseau, constate Michael Laviolette. Rester connecté plutôt qu'isolé, apprendre à s'ouvrir est capital dans la réussite de ces jeunes pousses. » S'il ne s'agit pas pour tous les futurs chefs d'entreprise de « singer » le fonctionnement startup, tous peuvent y glaner une technique, un état d'esprit, une manière de manager différente, souvent plus opérationnelle, plus punchy. N'hésitez donc pas à y puiser de l'inspiration !

Une source d'inspiration

Les grands groupes l'ont bien compris et s'ouvrent peu à peu à ces fonctionnements innovants. C'est parce qu'elles réinventent des codes en perte de vitesse que les startups sont aujourd'hui regardées de près par ces géants. Avec même des échanges très concrets de bonnes pratiques. De grands groupes comme TF1, Orange, Microsoft s'ouvrent à ces univers. Altran a, par exemple, mis en place un axe de travail sur la manière dont les objets connectés peuvent renouveler les métiers de l'industrie. Ce « lab » vise aussi à créer un écosystème où les entrepreneurs bénéficieront de fonctions supports dans le but qu'ils puissent se concentrer sur leur cœur de métier, l'innovation.

Même dans les TPE-PME plus classiques, d'ailleurs, une réflexion sur l'innovation est nécessaire. « Peu d'entreprises peuvent se passer d'un état d'esprit en mode startup, analyse Michel Coster. Car c'est la condition pour avancer, se renouveler. » La bonne nouvelle, c'est que cette approche innovante ne passe pas forcément par la technologie. En effet, une PME peut repenser sa relation client, mettre en place un process innovant, chercher de nouvelles manières, plus efficaces, de travailler avec ses fournisseurs. Tout ceci, cette démarche « en mode startup », la fera gagner en efficacité, sans forcément beaucoup de moyens : « Il s'agit de partir du terrain, résume Michel Coster, d'exploiter l'existant tout en inventant demain. »

UN CONSTAT INTERNATIONAL

Chaque année, des délégations de jeunes entreprises se rassemblent à la veille du G20 afin d'échanger sur les bonnes pratiques et les clés du succès des créateurs dans le but d'inspirer si possible les chefs d'État. Lors des deux dernières éditions, à Sydney et à Istanbul, ont émergé certains critères de réussite qui, sans trop de surprise, sont souvent mis en œuvre par des startups. Ainsi, une des préconisations du G20 des Entrepreneurs était le déploiement d'un programme d'accompagnement de créateurs par des professionnels, comme celui mis en place par l'organisme Futurpreneur Canada, ou encore en France via le Moovjee. « Plus récemment, le lancement d'accélérateurs de projets privés comme TheFamily et 50 Partners dans l'écosystème français est en train de créer une dynamique proche de celle de la Silicon Valley », souligne ainsi Ronan Pelloux, entrepreneur (Creads) et participant au G20 YEA. Ces initiatives diffuseront-elles plus largement sur les territoires ? À suivre.

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