Dossier spécial : Économie collaborative
et nouveaux business

Le financement participatif modelé sur la générosité des internautes

Le financement participatif, ou crowdfunding (l'argent de la foule), permet à des créateurs d'entreprise de collecter des fonds grâce à des sites internet qui les mettent en relation avec des personnes souhaitant investir dans leurs projets. Cette pratique connaît un réel engouement depuis quelques années.

Thomas Huriez, fondateur de la marque de jeans 1083, peut dire merci aux 936 internautes qui l'ont soutenu. Fin 2013, il a récolté plus de 100 000 euros en menant campagne sur le site Ulule. Grâce à la générosité de ses donateurs, il a pu créer sa marque et lancer la production de ses jeans 100 % made in France. Le cas de cet entrepreneur n'a rien d'unique. Depuis 2008, plus de 44 000 projets ont été financés grâce au crowdfunding. Ce nouveau mode de financement permet en effet de récolter des fonds – généralement des petits montants – auprès d'un large public en vue de financer un projet créatif (musique, édition, fi lm, etc.) ou entrepreneurial. La mise en relation se fait par l'intermédiaire de plates-formes Internet – une quarantaine en France – plus ou moins spécialisées (culture, mode, commerce, économie sociale et solidaire, innovation, digital...). Parmi elles : My Major Company, Ulule, KissKissBankBank, Babyloan, Anaxago, Wiseed, Unilend, Smart Angels... Au premier semestre 2014, à eux tous, ces sites ont soutenu 10 700 projets et collecté plus de 66 millions d'euros. Soit deux fois plus qu'en 2013. « Plusieurs raisons expliquent ce succès. Il y a d'abord une défiance vis-à-vis du système financier traditionnel. Le crowdfunding représente une solution de financement alternative et complémentaire, qui répond à un besoin actuel de « faire directement ». C'est aussi un phénomène générationnel : les contributeurs sont jeunes, ils ont grandi avec Internet et le mode coopératif fait partie de leur ADN », explique Nicolas Lesur, président de l'association Finance Participative France.

Thomas Huriez, fondateur de la marque de jeans 1083, peut dire merci aux 936 internautes qui l'ont soutenu. Fin 2013, il a récolté plus de 100 000 euros en menant campagne sur le site Ulule. Grâce à la générosité de ses donateurs, il a pu créer sa marque et lancer la production de ses jeans 100 % made in France. Le cas de cet entrepreneur n'a rien d'unique. Depuis 2008, plus de 44 000 projets ont été financés grâce au crowdfunding. Ce nouveau mode de financement permet en effet de récolter des fonds – généralement des petits montants – auprès d'un large public en vue de financer un projet créatif (musique, édition, fi lm, etc.) ou entrepreneurial. La mise en relation se fait par l'intermédiaire de plates-formes Internet – une quarantaine en France – plus ou moins spécialisées (culture, mode, commerce, économie sociale et solidaire, innovation, digital...). Parmi elles : My Major Company, Ulule, KissKissBankBank, Babyloan, Anaxago, Wiseed, Unilend, Smart Angels... Au premier semestre 2014, à eux tous, ces sites ont soutenu 10 700 projets et collecté plus de 66 millions d'euros. Soit deux fois plus qu'en 2013. « Plusieurs raisons expliquent ce succès. Il y a d'abord une défiance vis-à-vis du système financier traditionnel. Le crowdfunding représente une solution de financement alternative et complémentaire, qui répond à un besoin actuel de « faire directement ». C'est aussi un phénomène générationnel : les contributeurs sont jeunes, ils ont grandi avec Internet et le mode coopératif fait partie de leur ADN », explique Nicolas Lesur, président de l'association Finance Participative France.

Trois formes de financement

Ces sites fonctionnement de différentes manières et proposent trois formes de financement : le don contre don, le prêt et l'equity (prise de participation au capital). Le don contre don permet de lever des petites sommes auprès des internautes en échange d'une contrepartie (un produit ou une attention particulière de la part de la marque). La participation est libre, mais la contrepartie (affiches de concert, adhésion gratuite à une association, albums photo...) est le plus souvent fonction des sommes engagées. Le prêt permet pour sa part à un particulier de prêter de l'argent à une entreprise ou à un créateur. Gratuit ou rémunéré, le « peer to peer lending » connaît un réel essor et tend à devenir une alternative aux banques dans le processus de financement des petits projets. Enfin, l'equity permet aux internautes de prendre des parts au capital de l'entreprise financée et devenir ainsi actionnaires.

Un nouveau cadre réglementaire

Depuis le 1er octobre 2014, une nouvelle réglementation encadre l'activité des plates-formes de crowdfunding, notamment lorsqu'elles font du prêt ou de l'equity. Deux statuts ont été créés, en fonction du mode de fonctionnement des sites : l'intermédiaire en financement participatif (IFP), pour les plates-formes de prêt ou de dons, qui devront désormais obtenir un agrément auprès de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ; et le conseiller en investissement participatif (CIP), pour les plates-formes d'investissement direct (equity), qui devront obtenir un agrément auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et seront placées sous sa tutelle. Au-delà de cette réglementation, les montants des collectes sont eux aussi mieux encadrés. Chaque investisseur peut placer au maximum 1 000 euros dans un même projet, dans le cadre d'un prêt rémunéré. Le prêt sans intérêt est, de son côté, plafonné à 4 000 euros par prêteur et par projet. Quant au porteur de projet, il ne peut pas emprunter plus d'un million d'euros par projet.

Percer et durer sur le marché

Cette réforme devrait favoriser l'essor des sites de crowdfunding qui opéraient jusque-là dans une zone d'ombre juridique. « Avec le nouveau cadre, il y a beaucoup d'acteurs qui vont essayer de percer sur ce marché dans les prochaines années », estime Nicolas Lesur. Et d'ajouter : « Nous recevons déjà à l'association des dizaines de dossiers par jour. » Mais attention, créer une plate-forme de financement participatif impose quelques règles. Le business model repose sur un système de commissions sur le montant des sommes récoltées (entre 5 et 12 %) : cela nécessite de faire du volume. « Un minimum de 300 000 euros d'investissement est nécessaire pour se lancer », insiste Nicolas Lesur. Cet investissement inclut les frais de communication pour se faire connaître ainsi que les dépenses liées à la partie technique pour la conception du site, les honoraires d'avocat pour la partie réglementaire et juridique... « La concurrence va s'amplifier et, à terme, il ne restera plus que deux ou trois acteurs rentables et pérennes », met en garde Nicolas Lesur. La solution pour percer et durer sur ce marché voué à s'atomiser ? Y aller piano. D'abord en créant un site de dons contre dons, moins contraignant en termes de législation et souvent plus efficace. Début 2014, le taux de succès des projets proposant des contreparties a frôlé les 98 %. Ensuite, une fois le business model stabilisé, se diversifier sur le prêt et l'equity. C'est typiquement ce qu'a fait Vincent Ricordeau, cofondateur de KissKissBankBank (lire le témoignage). Il a d'abord lancé une plate-forme de dons avant de se développer quelques années plus tard avec le prêt (Hello Merci), puis l'investissement (Lendopolis). Une autre astuce consiste à cibler les marchés de niche : le mécénat, l'artisanat local, la revitalisation des commerces de proximité, le sauvetage d'entreprises en difficulté... Les marges seront certes moindres, mais nul doute que les contributeurs, souvent sensibles à la dimension affective et sociale d'un projet, seront nombreux à apporter leur soutien.

Témoignage...

Vincent Ricordeau, cofondateur de KissKissBankBank, Hello Merci et Lendopolis

Depuis le lancement de KissKissBankBank (KKBB) en 2010, avec sa femme Ombline Le Lasseur et son cousin Adrien Aumont, Vincent Ricordeau a fait son chemin.

« Nous voulons être présents sur tous les segments du financement participatif : les projets artistiques, les microprojets et les petites entreprises », explique Vincent Ricordeau. Le pari est réussi pour ce serial entrepreneur autodidacte qui a annoncé fin 2014 le lancement de son troisième site de crowdfunding : Lendopolis. Pourtant, le pari était loin d'être gagné au départ. « Quand nous avons lancé KKBB, nous étions en pleine crise des subprimes, cela a retardé le projet. Le financement participatif était, de plus, tout récent et quasi inconnu. » L'idée du trio : proposer aux internautes de financer sous forme de dons des projets artistiques en échange d'une dédicace, d'une invitation à un vernissage ou d'un bout de pellicule. Une révolution qui a vite rassemblé les foules. En 4 ans, plus de 300 000 anonymes – les kissbankers – ont permis à 10 000 artistes de financer leurs oeuvres pour un montant de 21 millions d'euros de dons collectés. Parmi les projets mémorables : la numérisation du fi lm Les Parapluies de Cherbourg, pour lequel Rosalie Varda, la fille adoptive de Jacques Demy, a obtenu 49 000 euros auprès de 897 contributeurs. Gonflé par cet élan solidaire, Vincent Ricordeau décide alors d'aller plus loin, ou plutôt ailleurs. « Beaucoup de projets n'entraient pas dans notre champ d'intervention. Certains souhaitaient financer un commerce de vélos, une crêperie, une halte-garderie... »

Il lance donc en avril 2013 Hello Merci et propose cette fois-ci aux particuliers de prêter de l'argent à des micro-entrepreneurs. « Nous avons soutenu plus de 250 projets et collecté 600 000 euros », précise Vincent Ricordeau, qui a par ailleurs été consulté par le gouvernement pour accoucher de la nouvelle législation sur le financement participatif. Lendopolis, le dernier site dédié au financement des petites entreprises par les internautes, pourrait sonner la fin de l'histoire.

Mais c'est sans compter sur la créativité de Vincent Ricordeau. Il réfléchit d'ores et déjà à la création d'une quatrième plate-forme, cette fois réservée aux start-up innovantes. Le banquier de la nouvelle économie n'a pas dit son dernier mot.

Éléments clés

  • Activité : sites de financement participatif.
  • Création : 2010 (KKBB), 2013 (Hello Merci), 2014 (Lendopolis).
  • Salariés : 15.
  • Chiffre d'affaires : 1,5 million d'€.

Témoignage...

Alexandre Boucherot, cofondateur d'Ulule

Alexandre Boucherot appartient à cette race d'entrepreneurs visionnaires.

En 1999, alors qu'il dirige le site culturel fluctuat.net, il lance une opération de crowdfunding. « Évidemment, ça n'a pas marché. Il n'y avait ni réseaux sociaux ni moyens de paiement dématérialisés à l'époque. » Il range son idée dans un coin de sa tête pendant une dizaine d'années. Jusqu'en 2009, où il découvre que des sites de financement participatif se développent aux quatre coins de la planète. « Cette fois-ci, je me suis dit que le marché était mûr et que le financement par des particuliers de projets créatifs, solidaires et à portée collective, avait sa place dans l'écosystème.» Avec son associé, Thomas Grange, ils lancent une version bêta de Ulule en juillet 2010. Dès les premiers jours, les souscriptions affluent et l'essai se transforme. « Nous ne faisons que du don contre don. En échange de leurs financements, les souscripteurs reçoivent des contreparties en nature, jamais d'argent. C'est un principe pour nous. » Un fonctionnement qui visiblement plaît à tout le monde, autant aux entrepreneurs qu'aux particuliers investisseurs.

Le site comptabilise aujourd'hui 500 000 membres dans 135 pays, il a collecté plus de 20 millions d'euros de dons et a permis de financer 6 500 initiatives avec une moyenne de 3 000 euros par projet. « Nous avons le souci de notre communauté de porteurs de projets. Nous les accompagnons dans leur campagne de financement en les aidant à remplir leur dossier ou à renforcer leur visibilité sur les réseaux sociaux. Leur réussite est aussi la nôtre. » Et pour cause ! L'entreprise se rémunère en prélevant une commission de 8 % sur les montants collectés, et ne perçoit rien si l'objectif de financement n'est pas atteint à l'issue de la campagne. « Nous avons deux sources de revenus : les commissions, qui assurent 70 % de notre chiffre d'affaires, et nos prestations en B to B, soit 30 %. Nous accompagnons en effet les marques, les médias et certains grands groupes qui souhaitent s'engager dans le financement participatif et nouer des partenariats avec nous. » Une diversification utile qui a permis à Ulule de gagner en visibilité et de s'inscrire parmi les leaders européens du crowdfunding.

Éléments clés

  • Activité : site de financement participatif.
  • Création : 2010.
  • Salariés : 12.
  • Chiffre d'affaires : NC.

Témoignage...

Alexandre Laing et Stéphane Vromman, fondateurs de Bulb in Town

Aider les commerçants et les associations de quartier à se développer via du crowdfunding.

Voilà l'idée ingénieuse d'Alexandre Laing et Stéphane Vromman, deux copains de promo de l'ESC Paris, qui ont créé en 2013 Bulb in Town. « Nous nous sommes inspirés de la tontine, dont mes parents avaient fait l'expérience il y a quelques années pour rénover leur restaurant. Ils ont récolté des fonds auprès de la communauté asiatique en échange de réductions sur la carte, de cafés offerts, etc. Nous avons réfléchi à la meilleure façon de transposer ce mode de financement à la société actuelle », explique Alexandre Laing.

Le site, lancé avec seulement 10 000 euros, permet aux commerçants qui rencontrent des difficultés de financement de solliciter les habitants de leur quartier. Ils ont le choix entre deux types de campagnes : le don contre don (en échange de l'argent versé, ils offrent des contreparties) ou l'investissement (ils cèdent des parts de capital aux investisseurs). « Dans 95 % des cas, nous sommes dans le système du don contre don. C'est bien la preuve que l'entraide et l'humain sont plus forts que le retour sur investissement, et que la proximité est une valeur émergente sur laquelle nous avons eu raison de parier. »

Depuis son lancement, Bulb in Town a soutenu plus de 200 projets, pour des tickets moyens de 5 500 euros et un montant de collecte dépassant 1 million d'euros. Des librairies, des cafés, des ginguettes, des commerces multiservice, des food trucks, des fromageries, ont ainsi pu voir le jour ou renaître de leurs cendres. Car la revitalisation des territoires fait aussi partie des objectifs du site. La biscuiterie Jeannette, véritable institution normande depuis 1850, a ainsi fait un appel à Bulb in Town pour éviter la fermeture. « Les projets ne cessent d'affluer des quatre coins de la France et nous sentons un réel engouement des commerçants et des associations pour notre initiative », analyse Alexandre Laing, qui s'engage également auprès des chambres de commerce et d'industrie. Il a par exemple lancé avec la CCI du Gers grainedegers.fr, la première plate-forme locale de crowdfunding permettant aux Gersois de financer des projets de leur département et ainsi participer au développement économique local.

Éléments clés

  • Activité : plate-forme de financement participatif local.
  • Création : 2013.
  • Salariés : 5.
  • Chiffre d'affaires : 200 000 €.

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