Dossier spécial : Économie collaborative
et nouveaux business

L'économie collaborative, levier d'innovation de l'économie traditionnelle

Preuve que l'économie collaborative est une tendance de fond, les frontières se font plus ténues entre start-up du secteur et grands groupes de l'économie « classique ». Des géants rachètent de nouveaux entrants, et d'autres s'inspirent des modèles inventés par les acteurs de la consommation du partage pour retrouver un second souffle.

Le mouvement a commencé dans le secteur de la mobilité. Ainsi, dès 2012, Citroën incitait ses clients à louer leur véhicule à d'autres particuliers via un partenariat avec Zilok. Aujourd'hui, d'autres secteurs s'y intéressent. C'est le cas dans l'assurance, qui a développé des offres spécialement conçues pour des usages entre particuliers. « En Allemagne est née Friendsurance, une assurance communautaire, illustre Benjamin Tincq (OuiShare). Au sein d'un groupe de confiance, plusieurs niveaux d'assurances sont possibles, avec un premier niveau entre amis, pour les petits montants, où l'indemnisation est faite via un pot commun sans faire intervenir l'assureur. » Castorama, et son programme de partage d'heures de bricolage, ou Leroy Merlin s'intéressent de près aux nouveaux usages issus de l'économie collaborative en proposant des espaces unissant makers et fablabs.

Réflexions autour de l'économie circulaire

Même La Poste s'y met : « Le modèle de La Poste, fondé principalement sur les activités du courrier, du colis et de La Banque Postale, se transforme peu à peu, et nous recherchons de nouveaux moteurs de croissance, confie Antoine Doussaint, directeur adjoint à la RSE. Cela passe par des réflexions autour de l'économie circulaire : par exemple, La Poste se positionne comme un collecteur de petits déchets diffus (papier, cartouches d'encre) via notre réseau de véhicules qui seront dans l'avenir moins mobilisés sur le courrier. » Crowdfunding via un partenariat avec KissKissBankBank, covoiturage, autopartage : le groupe teste de nouveaux modèles sur tous les segments de l'économie collaborative... et va même très loin : « Face au développement des sites de consommation collaborative, nous avons créé IDN, un service permettant aux internautes de prouver que leur identité a été vérifiée physiquement par La Poste, sans pour autant la dévoiler. Le contrôle de l'identité du demandeur à son domicile est effectué par un facteur », explique Anthony Deydier, directeur de Digital Lab.

De nouveaux champs d'exploration

Pour les créateurs d'entreprise, de nouveaux champs d'exploration s'ouvrent, mixant collaboratif et modèles traditionnels. Ainsi, pourquoi ne pas imaginer, au sein de lieux d'échange d'outils, des services de location pour des objets plus coûteux, fournis en partenariat avec des fabricants ? « On est ici dans la logique de l'économie des fonctionnalités, explique Benjamin Tincq. Ce genre de services pourrait intéresser nombre de fabricants pour trouver de nouvelles sources de distribution sur le segment du dernier kilomètre. » Une quincaillerie suédoise, Malmö HardwareStore, a innové avec son service ToolPool. L'idée ? Permettre à ses clients d'emprunter gratuitement, après réservation via Facebook, de gros outils de bricolage. Les business models des entreprises classiques, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur (restauration, artisanat), pourraient ici trouver des relais de croissance différenciant.

Témoignage...

Xavier Corval, fondateur d'Eqosphere

Créer de la valeur avec les invendus.

« Mon credo ? Donner une seconde vie aux objets au lieu de les jeter, apporter de la valeur à ce qui était jusque-là une source de dépense. Il y a 15 ans, étudiant à Sciences Po, j'étais en parallèle serveur dans les cocktails. Dans ces lieux, le gaspillage est énorme et je faisais la tournée des sans-abri afin de leur apporter la nourriture sur le point d'être jetée. Après 15 ans d'expérience dans le conseil et la stratégie web, j'ai eu un déclic. Enfin, le Web me permettait d'apporter des réponses à mon envie de redonner de la valeur aux produits en fin de vie dans les rayons. En 2009, je me suis lancé. Pendant 18 mois, j'ai travaillé sur le terrain pour comprendre les besoins des futurs clients (grande distribution, traiteurs, grossistes, fabricants), des acquéreurs (associations, entreprises de recyclage), des pouvoirs publics...

Eqosphere, ce sont deux métiers : nous formons et conseillons nos clients pour introduire de nouveaux process et une nouvelle culture interne aux entreprises afin de réduire le volume de produits alimentaires et non alimentaires mis à la poubelle. L'idée est de trouver comment gérer efficacement la sortie des circuits commerciaux classiques. Notre second métier, c'est d'optimiser les opportunités de revalorisation : en clair, soit nous organisons la distribution de produits alimentaires sortis des rayons (mais jamais périmés) à des associations, soit nous revendons les produits vers les filières de déstockage, soit encore nous les orientons vers le recyclage et des filières innovantes. Nos clients ? Auchan, des grossistes, des traiteurs, la Fnac... Nous sommes également partenaires du ministère de l'Agriculture depuis 2013 pour notre travail sur la partie alimentaire.

SAS avec un agrément d'entreprise solidaire, nous comptons six salariés pour un chiffre d'affaires de 150 000 euros lors de notre premier exercice en 2013. C'est un début. Nous nous attaquons à la valeur du produit en fin de vie, un marché non organisé, non structuré. Notre mot d'ordre est de faire d'une contrainte un atout, sans jamais culpabiliser. L'économie circulaire et la consommation collaborative sont des tendances profondes, même si elles sont encore marginales. Cela prendra de l'ampleur si nous apportons des solutions simples et concrètes aux entreprises. Prochaine étape ? Une levée de fonds pour déployer des Eqospheres en France et à l'international. »

Éléments clés

  • Activité : conduite du changement des process, formation et plate-forme collaborative en ligne permettant la revalorisation d'invendus alimentaires, non alimentaires et de déchets.
  • Création : 2012.
  • Salariés : 6.
  • Chiffre d'affaires : 150 000 € en année 1.

Témoignage...

Antoine Bourdon, cofondateur de IOTA Element

Quand l'ébénisterie d'art rencontre l'imprimante 3D.

« Définir le concept de IOTA Element ? Nous sommes artisans d'art, créateurs de mobilier et d'objets mariant matériaux nobles et nouvelles technologies. Mes deux associés, Claude et Julien, sont ébénistes diplômés de l'École Boulle. De mon côté, je suis ingénieur des Arts et Métiers. Tous les trois sommes passionnés de musique. Nous avons lié nos savoir-faire et passions pour lancer IOTA Element. L'idée est de renouveler le métier d'ébéniste grâce aux nouvelles technologies. Nous avons par exemple créé Echo, un bureau combinant les performances haut de gamme d'un amplificateur Full Digital à un système de haut-parleurs accordés afin de créer un timbre unique. Pour le mettre au point, nous avons collaboré avec des partenaires réputés dans le milieu de l'acoustique et de l'électronique. La technologie est intégrée dans un meuble raffiné, décoré de pixels en marqueterie, composition réunissant la technologie de pointe d'une découpeuse laser et la dextérité de l'artisan d'art. Nous avons aussi lancé récemment une gamme d'enceintes. En 2015, nous nous ouvrirons au champ de la vidéo et de l'image. Toujours dans l'esprit luxe et matériaux nobles. Car, non, les objets connectés ne sont pas forcément bas de gamme ! En fait, nous créons un marché, nous réinventons un métier traditionnel, l'ébénisterie, grâce aux nouvelles technologies. Nous n'aurions jamais pu nous lancer sans un atelier collaboratif, Ici Montreuil. Nous y avons trouvé de l'espace, mais aussi des compétences variées, par exemple des artisans travaillant le métal, car c'est un lieu de coworking. De même, nous n'aurions pas pu mettre au point nos créations sans leur imprimante 3D. Et c'est grâce au prototype que nous avons pu convaincre, par exemple face à des jurys lors de concours. La technologie 3D permet de prototyper très rapidement, dans des proportions justes. Désormais, avec certaines imprimantes, on obtient des pièces aux finitions impressionnantes. Et cet atout est valable pour de multiples corps de métiers traditionnels, notamment la bijouterie. Le collaboratif et la 3D décuplent les capacités de créations. Aujourd'hui, grâce à cela, nous avons nos premiers clients (particuliers et entreprises) et nous pouvons intégrer notre propre atelier. Car luxe et collaboratif sont encore un peu en décalage... Mais entre ce coworking, les nouvelles technologies, les fablabs, nous avons trouvé à nos débuts les ressources indispensables pour innover et réinventer les codes dans un secteur assez classique, l'artisanat d'art. »

Éléments clés

  • Activité : création de mobiliers et objets de luxe intégrant les nouvelles technologies.
  • Création : 2013.
  • Salariés : 5.
  • Chiffre d'affaires prévisionnel 2014 : 150 000 €.

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