Dossier spécial : Économie collaborative
et nouveaux business

Economie collaborative : et si le partage dessinait l'entreprise de demain ?

Qui aurait dit, il y a quelques années, que les taxis feraient face à la fronde des VTC ? Que le principal concurrent des hôteliers serait Airbnb ? Pas grand monde, mis à part une poignée de start-upers et quelques économistes atypiques comme Jeremy Rifkin. Depuis, l'économie collaborative, du partage, a effectué sa révolution. Nouveaux modes de consommation, nouveaux usages, nouveaux outils : la sharing economy, en anglais dans le texte, redessine les contours de nombre de business, grands ou petits, classiques ou innovants.

De la consommation à la production participative

L'économie collaborative recouvre plusieurs domaines. Le plus connu ? La consommation collaborative (de l'autopartage aux plates-formes de location d'objets, en passant par le couchage chez l'habitant). Mais cette nouvelle frange de l'économie regroupe aussi de nouveaux comportements sociaux tels que le coworking, l'habitat collectif, la finance collaborative (crowdfunding, monnaies alternatives). Et, enfin, de nouveaux modes de production (fablabs, makers places, imprimantes 3D). « On parle beaucoup de consommation collaborative, car c'est la partie immergée de l'iceberg, note Anne-Sophie Novel, coauteur de Vive la corévolution ! Cette consommation réinvente des pratiques très anciennes comme le troc, l'échange. Avec un intérêt renouvelé des consommateurs pour tout ce qui crée du lien social et génère des économies. »

Pour les théoriciens du sujet, dont l'incontournable Jeremy Rifkin (professeur d'économie à la prestigieuse Wharton School), cette économie du partage montre qu'un véritable changement de paradigme est en marche. La fin du capitalisme tel qu'on le connaît ? Même si on n'y est pas encore, l'économie du partage fait bouger les lignes et pose de véritables questions sur nos modes actuels de consommation, mais aussi sur nos constructions de business models.

Une tendance de fond

Ce phénomène se traduit en chiffres. Ainsi, le très sérieux magazine Forbes estimait que le flux de revenus générés par la consommation collaborative dépasserait les 3,5 milliards de dollars en 2014, soit une hausse de plus de 25 % en un an. Concernant la consommation collaborative proprement dite, une étude européenne menée par Cetelem montre que 55 % des Européens sont favorables à une consommation durable, même si cela doit leur coûter plus cher. Parmi les modes de consommation qui auraient leur faveur dans les prochaines années : la location, le troc et les achats groupés sont plébiscités.

On est donc loin du côté « bobo » des prémisses de l'économie collaborative : « Au départ, les start-up collaboratives étaient souvent faites par et pour des jeunes branchés numériques, souligne Anne-Sophie Novel. Mais aujourd'hui, les différentes études montrent que tous les Français ont au moins une fois fait du covoiturage ou vendu un objet sur Leboncoin par exemple. »

Foisonnement d'initiatives et de modèles

Fort de ses premiers succès, le secteur foisonne d'initiatives, émanant de start-up, de projets citoyens (livres dans la rue, etc.), et même de grands groupes (La Poste, Castorama, MAIF, etc.). Des origines et des volontés variées déclinant des modèles économiques eux aussi très différents (dons, freemiums, publicités, commissions ou abonnements).

Si les coûts d'accès pour les créateurs semblent raisonnables, attention : la place prépondérante de la technologie (plate-forme web, géolocalisation, 3D, etc.) implique à terme des investissements non négligeables.

L'heure est aussi à des remises en question : quid de la fiscalité des revenus tirés du jobbing et autres accueils d'hôtes ? Quid de la concurrence jugée « déloyale » des VTC ou des sites comme Airbnb à l'égard des taxis ou des hôteliers ? Quid de son impact réel sur l'environnement ? « Un vaste sujet, encore peu abordé, me semble capital pour les années à venir, soulève également Benjamin Tincq (du collectif OuiShare). Celui de la transparence des algorithmes qui gèrent les données générées par la consommation collaborative. Par exemple, quand on entend que les prix de certains services « collaboratifs » fluctuent selon la demande, et donc selon les données des plates-formes gérant ces services, il est nécessaire de rendre la gestion de ces données plus transparente, idéalement en open-source. »

Face à ces questions, les politiques s'emparent peu à peu du sujet. On regrettera simplement que cette attention n'intervienne le plus souvent qu'en cas de crise, de tensions, comme cela a été le cas pour l'opposition taxi/Uber. « Ce dernier a d'ailleurs une approche très agressive, qui ne donne pas forcément une bonne image de la consommation collaborative, estime Anne-Sophie Novel. Reste qu'en France, nous sommes déjà assez en avance, avec, notamment, des villes comme Nantes ou Bordeaux qui mettent en oeuvre des programmes proches de l'économie collaborative, à travers par exemple la création de lieux de coworking. »

Décryptage des tendances et des opportunités

Dans ce dossier spécial du Routard de la création d'entreprise, vous trouverez décryptées les dernières tendances en la matière. Tout d'abord, vous plongerez dans l'univers de la consommation collaborative : quels sont les modèles qui fonctionnent ? Où en sont les pionniers du secteur ? Comment gérer croissance et partage ?

La deuxième partie de ce dossier sera consacrée à une autre frange de l'économie collaborative, moins connue mais pleine de promesses, celle des makers, espaces de coworking et autres fablabs.

Enfin, vous partirez à la découverte d'un mode de financement tout droit inspiré de cette sharing economy : le crowdfunding, ou financement participatif. La bonne nouvelle ? La France a adopté une réglementation adaptée à ces nouveaux entrants qui permettent aux jeunes entreprises, PME et beaux projets en tout genre de trouver une alternative au financement bancaire.

Enfin, parce que l'économie du partage tisse des liens, nous tisserons également des liens, dans la dernière partie, entre économie traditionnelle et économie collaborative, en montrant de quelle manière de grands groupes mais aussi des artisans, des commerçants, peuvent trouver des relais de croissance grâce à ces nouveaux modèles. Inspirez, lisez, partagez !

Pour aller plus loin...

Parce qu'on parle ici d'économie du partage, autant partager avec vous des adresses utiles pour creuser le sujet :

  • www.ouishare.net : association et collectif international centrés sur les communautés et l'économie collaborative ;
  • sharevolution.fing.org : projet de recherche & développement collective aux frontières de l'économie du partage et de la consommation collaborative ;
  • www.shareannuaire.com : l'annuaire de la consommation collaborative.

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N'hésitez pas à nous contacter à l'adresse :

routard@lesechos.fr

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