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Dossier spécial 2014 :
Faire du business grâce au numérique

Mompreneurs : un bébé en bandoulière et une souris greffée à la main

Les « mamans entrepreneurs » sont de plus en plus nombreuses à faire le choix de la création d'entreprise pour mieux concilier leur vie professionnelle et leur rôle de mère. Internet leur offre la souplesse et la flexibilité qu'elles recherchent.

Elles accouchent le même jour, ou presque, d'un bébé et d'une SARL. Elles ? Ce sont les mompreneurs, littéralement les « mamans entrepreneurs ». Cette nouvelle génération de créatrices d'entreprise veut avoir une activité professionnelle épanouissante tout en conservant de la flexibilité pour s'occuper de sa progéniture. Beaucoup se lancent pendant leur grossesse ou juste après la naissance de leurs enfants, période pendant laquelle elles ont du temps, un salaire et... des idées plein la tête. « Enceinte, je me suis rendu compte de la pauvreté de l'offre vestimentaire. Cela m'a donné l'idée de créer un site où les femmes pourraient trouver des vêtements sympas et abordables », aime à raconter Anne-Laure Constanza, qui a lancé www.enviedefraises.com fin 2005 et qui revendique à 100 % son statut de mompreneur.

Travailler en horaires décalés

L'explosion du e-commerce a facilité l'émergence de ces business women 2.0. Une grande majorité d'entre elles exercent en effet une activité en ligne, souvent en lien avec le monde de l'enfance. Elles ouvrent des boutiques spécialisées (vêtements pour prématurés, plats bio pour bébés...) ou créent des offres de services (location de poussettes, lits, espace de jeux...). Certaines mettent à profit leurs compétences passées pour se lancer dans le conseil, le télésecrétariat ou le graphisme. Mais quelle que soit leur activité, Internet fait partie de leur quotidien, car il leur facilite la vie. Connectées 24 heures sur 24 ou presque, elles peuvent travailler à domicile et se fabriquer des horaires sur mesure, compatibles avec les sorties d'école, les activités extrascolaires ou les maladies. Beaucoup travaillent en horaires décalés et saucissonnent leur journée. Elles profitent des siestes et des mercredis au parc pour passer leurs coups de fil ou pour lire leurs mails. Toutes se remettent au travail le soir, après le coucher de leurs enfants. Des emplois du temps chargés, mais à un rythme choisi grâce au Web.

Financement de départ réduit

Travailler à domicile est également une source d'économies non négligeable au démarrage, car il n'y a pas de loyer supplémentaire à payer. Les projets des mompreneurs sont souvent de taille modeste et les investissements de départ ne dépassent pas 10 000 euros : il suffit, en effet, d'un ordinateur et d'un peu de capital pour financer la création du site et, éventuellement, l'achat du stock. Elles commencent avec les moyens du bord, la maison ou l'appartement se transformant en zone de stockage. Puis, petit à petit, elles se professionnalisent, se développent et passent du statut de mompreneur à celui de chef d'entreprise.

Mais attention toutefois, car la facilité d'accès à Internet ne doit pas cacher une réalité plus sombre. Si une mompreneur est avant tout une maman, c'est aussi et surtout une créatrice d'entreprise. Il serait faux, pour ne pas dire dangereux, de vous laisser croire que la tâche est facile. Il faut bien entendu étudier son marché, passer par toutes les étapes clés d'un projet et accepter de « lâcher » un peu ses enfants. « Même si Internet permet d'aménager son temps de travail, pour réussir, il faut faire de vraies journées de travail et essayer de trouver un mode de garde », confie une mompreneur.

En France, contrairement aux États-Unis où il est très développé, le phénomène des mompreneurs est récent. Les médias ont commencé à s'y intéresser en 2005, mais la révélation a surtout eu lieu en 2009, année où deux associations (Mompreneurs de France et Mampreneurs) ont vu le jour quasi simultanément. Depuis, des centaines de femmes se reconnaissent pleinement dans ce courant et viennent grossir les rangs des mamans entrepreneurs françaises. D'après certains spécialistes de l'entrepreneuriat, elles représentent désormais la quatrième catégorie de créatrices d'entreprise, derrière les jeunes diplômées, les quinquas et les demandeuses d'emploi. Même s'il est difficile de les comptabiliser, la création des associations a permis à ces femmes de se regrouper, d'échanger et de se rallier à une cause commune.

Pour aller plus loin...

Mampreneurs : cette association fédère une communauté de mompreneurs. Elle organise des ateliers-rencontres, les MamCafés, dans toute la France, ainsi que le Printemps des mompreneurs. Lors de ces différentes rencontres, les adhérentes ont la possibilité d'échanger entre elles, de se perfectionner (les thèmes sont souvent en lien avec l'utilisation d'Internet), voire, pour certaines, de « faire » du business en montant des actions communes : www.les-mompreneurs.com

Témoignage...

Céline Fénié, créatrice de Maman Shopping

Deux enfants à l'époque de la création de son site, quatre aujourd'hui, un déménagement de Paris à Albi entretemps, la création et la présidence du réseau des Mampreneurs en 2009...

Céline Fénié est non seulement une mère de famille comblée, mais aussi une chef d'entreprise accomplie. À aucun moment, elle n'a regretté d'avoir démissionné de son poste de responsable Web-marketing pour se lancer dans ce pari un peu fou de la vente en ligne d'articles de puériculture importés de l'étranger. « Je venais de l'univers Internet et cela ne me faisait pas peur. Pour trouver mon idée de business, je n'ai pas cherché bien loin. Je me suis inspirée de mes propres besoins de maman, en constatant que je ne trouvais pas toujours des produits adaptés à mes besoins. J'ai décidé de me spécialiser sur des produits inédits, pratiques et utiles. Quant à mes enfants, je voulais pouvoir m'en occuper grâce à des moments de flexibilité de mon choix sans pour autant sacrifier ma vie professionnelle », raconte la jeune femme.

Bien sûr, tout n'a pas été rose, surtout au début. « J'habitais un appartement en Région parisienne, sans bureau, ni espace de stockage. Mon domicile s'est vite transformé en entrepôt », se rappelle-t-elle avec un soupçon de nostalgie. Car, depuis, elle a suivi son mari dans le Sud-Ouest et dispose d'une maison plus grande. « J'y ai non seulement un bureau, mais aussi une zone dédiée qui me permet de stocker les 900 références produits de mon site et les quelque 400 colis à envoyer tous les mois. » Car les produits tournent à vitesse « V » chez Maman Shopping, et la rotation est forte. « C'est l'avantage et l'inconvénient. Sur Internet, il faut être réactif, répondre instantanément aux demandes des clients, adapter sans cesse son offre et améliorer en permanence les fonctionnalités du site. C'est du non-stop, mais il faut aussi prendre du temps pour soi. Notamment pour se former et pour adhérer à des réseaux ou à des clubs d'entrepreneurs, poursuit Céline Fénié, qui reconnaît faire des journées à rallonge. Je travaille de 8 h 30 à 17 h 30, mais il m'arrive souvent de m'y remettre le soir quand les enfants sont couchés. Je saucissonne mon emploi du temps en quelque sorte, mais je suis mon propre patron, et cela n'a pas de prix. » Une vraie patronne, en effet : l'été dernier, Céline Fénié a embauché son premier salarié. « Je ne m'en sors plus seule. J'ai besoin d'être secondée pour les expéditions de commandes, la gestion du service clients et l'administratif. » La rançon du succès...

Témoignage...

Stéphanie Rivier, créatrice de Mille et Une Feuilles

Le papier, c'est son rayon !

Salariée pendant des années chez un grand papetier français, Stéphanie Rivier n'a pas hésité longtemps quand l'opportunité de se mettre à son compte s'est présentée. « J'étais sur la sellette dans mon ancien poste et, avec deux enfants en bas âge, je ne me voyais pas reprendre un poste à plein-temps. J'ai donc décidé de lancer un site de vente en ligne de papiers pour les loisirs créatifs. Je connaissais parfaitement le secteur d'activité, mais, en revanche, le langage HTML m'était totalement inconnu. » Qu'à cela ne tienne. Elle convainc son ancien employeur de lui financer une formation, à la fois en création d'entreprise à la CCI mais aussi en e-commerce. « Financièrement, je ne pouvais pas payer une agence Web pour concevoir mon site. J'ai passé un diplôme d'intégrateur pour acquérir les techniques de base et pour construire, seule, mon site. »

Éviter la solitude et l'isolement

En 2007, Stéphanie Rivier s'installe chez elle, dans une pièce de la maison, et dépense 1 000 euros pour l'achat du stock. « Il n'en faut pas plus au départ. J'ai commencé avec l'ordinateur familial et j'ai fait avec les moyens du bord. Mais je me suis organisée pour me donner toutes les chances de réussir, car j'avais un vrai projet de création. » Elle rejoint Coopaname, une coopérative d'activité et d'emploi à Paris, et prend son nouveau rôle de créatrice d'entreprise à coeur. Pas question de profiter de la flexibilité offerte par Internet pour papillonner et privilégier ses deux fils : elle met un point d'honneur à faire de vraies journées de travail. « Mes enfants allaient à la cantine et à la garderie du soir. Ce n'est pas parce qu'on peut gérer son temps qu'il faut se laisser aller. » Pour rester dans le coup, elle se forme régulièrement, notamment aux techniques de référencement, indispensables pour développer la visibilité d'un site. Elle rejoint en parallèle plusieurs réseaux d'entrepreneurs, un soutien à ses yeux essentiel pour éviter la solitude et l'isolement. « Le risque quand on travaille seule, chez soi, c'est de vivre sur ses acquis et de ne pas évoluer. Fréquenter des réseaux permet de se remettre en question et de progresser. »

Aujourd'hui, le site Mille et Une Feuilles tourne bien. En six ans, ses fonctionnalités, son contenu et son graphisme ont évolué. Au point d'attirer de plus en plus de professionnels du secteur, qui constituent désormais 50 % de la clientèle. Stéphanie Rivier vit pleinement de son activité et, même si elle ne souhaite pas communiquer sur ses résultats, elle affirme avoir retrouvé un niveau de vie comparable à sa vie d'avant, quand elle était salariée.

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