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Dossier spécial 2014 :
Faire du business grâce au numérique

Entrepreneurs et sacs à dos : ils ont tout plaqué pour entreprendre en Asie et en numérique !

Pendant un an, deux jeunes se sont lancés dans une aventure peu banale : partir à la rencontre des créateurs d'entreprise français en Asie. Un « Pékin Express » entrepreneurial, en somme, durant lequel ils ont rencontré des entrepreneurs du numérique en Asie.

Sac à dos et caméra en bandoulière Florent Pain et Antoine Blanc sont partis en Asie pendant un an. Ces deux étudiants à HEC, passionnés d'entrepreneuriat, se sont lancé un défi peu commun : promouvoir les aventures entrepreneuriales de Français expatriés en Asie. Ils ont fondé une association, Entrepreneurs d'Asie, et sont partis à la chasse aux bonnes idées de ceux qui ont tout quitté pour créer. Rencontre.

Quelles sont vos impressions sur l'entrepreneuriat en Asie ?

Une chose nous a marqués lors de nos premières interviews : souvent, les entrepreneurs qui réussissent affichent les mêmes qualités, à savoir le pragmatisme et l'humilité. Par ailleurs, malgré les différences de développement, tous doivent affronter trois difficultés : le recrutement, la fidélisation des employés et le financement.

Quelles sont les grandes tendances du Web en Asie ?

L'Asie, c'est 1,03 milliard d'internautes (en 2012), soit, à l'échelle mondiale, près d'un internaute sur deux avec, bien sûr, des disparités importantes entre les pays.

La tendance phare est le « saut technologique » introduit par les smartphones. Le taux de pénétration global des smartphones est de 22 %, soit 800 millions d'utilisateurs. 20 % du trafic web en Asie provient du mobile, part qui va augmenter dans les prochaines années. Se doter d'une application performante pour mobile est donc en passe de devenir plus important que de disposer d'un bon site web. Le mobile comme moyen de paiement en ligne connaît également un succès fulgurant : près de 85 millions de personnes en Asie ont effectué une transaction via leur mobile en 2012. De manière générale, le e-commerce asiatique compte pour un tiers des revenus mondiaux du commerce en ligne.

Enfin, les Asiatiques sont très friands de réseaux sociaux. 800 millions de personnes en Asie sont connectées à au moins un réseau social, soit 80 % des internautes.

Quelles sont, selon vous, les opportunités du secteur pour des entrepreneurs français ?

Il y a beaucoup d'opportunités, pour plusieurs raisons. D'un côté, il y a des populations très nombreuses et très intéressées par la nouveauté et la technologie, dotées d'un accès croissant à Internet. De l'autre, des armées de développeurs bon marché ne demandent qu'à être embauchés, en particulier en Inde. Ce qui permet, si vous avez de bonnes idées, de vous lancer relativement facilement.

Des conseils à ceux qui souhaiteraient se lancer en Asie ?

Le conseil le plus important, et il est valable pour le Web comme pour les autres secteurs, est qu'il est primordial de bien connaître les marchés sur lesquels vous vous lancez, et d'étudier les niveaux de développement locaux et les législations nationales. Aller en Chine, où Facebook est officiellement bloqué, n'est pas la même chose que de se lancer en Thaïlande, où les jeunes y sont connectés 24 heures/24. Aller faire du e-commerce à Singapour ou en Thaïlande est possible aujourd'hui, en revanche, se positionner au Cambodge ou en Birmanie, où sont conjugués faible taux de pénétration Internet, faible taux de moyens de paiement bancaires et faible fiabilité des services postaux, est une histoire bien plus compliquée.

Attention également aux spécificités de certains marchés : le e-commerce est ainsi très peu développé à Hong Kong, alors que l'île concentre à la fois une très bonne pénétration d'Internet et une population aisée ultra-connectée. La raison est simple : la ville est si densément peuplée et pourvue en magasins qu'il est presque aussi rapide de descendre dans la rue acheter un objet que de le commander sur Internet. Le timing d'entrée dans un marché est donc très important, et même des entreprises Web très prédatrices comme Rocket Internet ont fait le choix d'attendre pour certains pays et certaines start-up.

Enfin, soyez prêts à négocier directement avec des acteurs locaux, dont la culture business est parfois très éloignée de la nôtre. Savoir parler la langue de ses partenaires est un atout essentiel pour quiconque souhaite créer sa société, aussi bien en Asie qu'ailleurs.

Témoignage...

Grégory Costamagna, cofondateur de StreetDeal

Entrepreneur numérique en Asie : il a lancé un site d'achat groupé à Singapour.

À 29 ans, Grégory Costamagna est à la tête d'une pépite du Sud-Est asiatique, StreetDeal, site de e-commerce fondé sur l'achat groupé. C'est sur le campus de l'Essec à Singapour qu'il a attrapé le virus de l'aventure asiatique... Chez Mondial Assistance, son premier employeur, chargé du business development, il rencontre un autre expatrié français. « On a très vite décidé de créer une boîte ensemble et on a commencé à réfléchir à une idée mi-2010. Le e-commerce nous attirant plus particulièrement et en étudiant différents types de business models, nous avons opté pour celui de la vente de coupons en ligne, en nous inspirant de la success story de Groupon aux États-Unis et en Europe. » Pour commencer, ils embauchent un développeur, basé au Sri Lanka, et une vendeuse en charge de recruter des marchands. « Le site a été lancé deux mois plus tard, en octobre 2010, et nous avons rapidement progressé pour devenir – en un mois seulement – le 4e acteur du marché. Pour continuer notre développement à Singapour et dans la région, nous avons levé des fonds dès la fin 2010. » Bien sûr, StreetDeal n'était pas seul sur le marché : « Sur les 13 acteurs déjà présents, quatre avaient été créés dans les sept mois précédant le lancement de StreetDeal, précise Grégory. La plupart de ces sites avaient et continuent d'avoir un certain succès (certains ont levé des fonds ou ont été rachetés par Groupon depuis)... Nous sommes partis d'un modèle similaire et avons décidé d'améliorer certains aspects : le design, le marketing et la relation marchande. Ce trio nous a permis au début de vraiment nous différencier et de monter rapidement sur ce marché. »

Aujourd'hui, StreetDeal compte 80 employés – plus une équipe de 7 développeurs à plein-temps au Sri Lanka – et est présent dans quatre pays (Singapour, Thaïlande, Malaisie, Indonésie). « En 2012, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de près de 10 millions de dollars singapouriens (environ 6 millions d'euros), représentant plusieurs centaines de milliers de coupons vendus ! », se réjouit Grégory Costamagna. StreetDeal se classe à la 3e place sur le marché du e-commerce dans le Sud-Est asiatique. De quoi fourmiller de projets : « Nous voulons compléter l'expansion géographique de StreetDeal sur le reste des marchés d'Asie du Sud-Est, en nous implantant aux Philippines et au Vietnam. L'Asie du Sud-Est est un marché e-commerce à fort potentiel de croissance dans les prochaines années, car il représente un important bassin de population. De plus, nos concurrents – Groupon, Living Social et Lazada – y sont déjà présents. Le second axe envisagé, c'est la transition de StreetDeal d'un site de coupons vers une plate-forme générale de e-commerce. » Des ambitions à la hauteur de l'immense marché en train de naître sur ces terres ouvertes à la création d'entreprises 2.0.

Témoignage...

Julien Chalté, créateur de WearYouWant.com

Entrepreneur numérique d'Asie : à Bangkok, ce Frenchy rhabille les Thaïlandais version 2.0.

Serial entrepreneur de l'Internet en France, autodidacte, Julien Chalté, 31 ans, est arrivé en 2009 à Bangkok pour outsourcer les ressources humaines de ses sociétés françaises. Conquis par le pays, il décide de vendre ses activités en France et de lancer une nouvelle activité de vente de vêtements et d'accessoires en ligne à Bangkok. Sa société, WearYouWant.com, est désormais numéro deux du secteur en Thaïlande. Une nouvelle aventure pour cet autodidacte passionné par le numérique. « J'ai arrêté mes études tôt, puis passé mon bac S en candidat libre, se rappelle Julien Chalté. J'ai ensuite fait des petits boulots dans des restaurants, chez McDonald's par exemple. Par passion, j'ai appris à programmer et, dès 2003, j'ai créé ma première start-up web, puis j'ai rapidement enchaîné avec d'autres. J'en ai vendues, recréées d'autres, jusqu'à aujourd'hui. » Malgré son expérience de création en France, créer sur le Web en Thaïlande est une autre histoire : « La création de l'entreprise a été compliquée, car la Thaïlande n'est pas un pays qui encourage l'immigration, souligne Julien. On a délégué cette tâche fastidieuse à un cabinet d'avocats. Cependant, en tant qu'entreprise de nouvelle technologie, on a pu bénéficier du régime spécial du BOI – Board of Investment of Thailand –, qui nous dispense d'avoir un partenaire thaï au capital et qui facilite l'obtention et le renouvellement des visas. De plus, on est dispensé des deux millions de baths (N.D.L.R. : environ 50 000 €) de capital et des quatre employés locaux requis par la loi pour chaque salarié étranger. »

WearYouWant.com, aujourd'hui, c'est près de 800 marques distribuées et près de 20 salariés, avec un chiffre d'affaires de plusieurs centaines de milliers d'euros sur la première année. Pour la logistique, Julien Chalté a décidé de faire simple : « Les livraisons sont directement gérées par les producteurs. Nous, on est un intermédiaire, responsable du paiement et du service client. La Thaïlande possède des services postaux efficaces, ce qui permet une livraison rapide et sans encombres. » Aujourd'hui, Julien Chalté semble serein : « A priori, le marché est en forte croissance. Les Thaïlandais sont en train de s'approprier l'e-commerce. Le pays rattrape très vite son retard. De plus, on envisage de se développer dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est. Donc je suis plutôt confiant ! D'ailleurs, un fonds de Venture Capital singapourien vient juste de financer la société, ce qui assurera notre développement dans les prochaines années. Sur un plan personnel, je suis toujours passionné par WearYouWant.com, j'apprends toujours quotidiennement, donc je compte bien continuer quelques années. Ensuite, je recréerai sûrement quelque chose ! »

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