DOSSIER SPÉCIAL
Financement : adoptez
la stratégie gagnante !
Rubrique réalisée par Isabelle Capet et Valérie Talmon du site Les Échos Entrepreneur.
Vous avez l’idée, l’envie est là… : vous allez créer votre entreprise. Mais où trouver l’argent pour vous lancer ? Suivez nos conseils !
Pour créer une entreprise, il vous faut une idée, une envie, un marché… mais aussi, au rang des ingrédients, de l’argent ! De l’argent pour vous lancer et tenir les premiers mois d’activité. Bien sûr, entre le créateur d’un site internet, une jeune femme ouvrant une boutique, ou un industriel se lançant sur la base d’un prototype, les besoins ne sont pas les mêmes. Entre l’auto-entrepreneur et la Société par Action Simplifiée, il y a fort à parier que les sommes nécessaires au démarrage seront très différentes. De quelques milliers d’euros à plusieurs centaines, la mise de départ d’une création d’entreprise dépend du projet et du secteur. Pour autant, selon l’Insee, les moyens financiers investis pour créer une entreprise sont souvent très faibles. 35 % des créateurs ont utilisé moins de 4 000 e pour l’installation dans leurs locaux, l’achat de matériel, la constitution des stocks... 20 % ont même démarré avec moins de 2 000 e. Sachez toutefois que le taux de survie progresse avec le montant des moyens investis au démarrage, passant de 62 % pour les plus petits projets (moins de 2 000 e) à plus de 83 % au-delà de 80 000 e.
L’étape indispensable : déterminer vos besoins
Pour évaluer vos besoins, pas de mystère : la clé réside dans le business plan. En effet, il permet non seulement de formaliser les éléments clés de la future entreprise, mais c’est aussi le document qui servira de présentation du projet face aux investisseurs, banquiers, et autres interlocuteurs de l’entreprise. Un véritable outil pour lever des fonds !
Dans sa partie financière, aux côtés de la présentation détaillée de l’entreprise, du marché, et de la concurrence, le business plan contient le plan de financement initial. Celui-ci doit répondre, à partir d’éléments chiffrés, aux questions suivantes : quels sont les besoins de l’entreprise ? Comment les financer ? Cela prend la forme d’un tableau, où le futur créateur compile les besoins financiers durables (frais de constitution de la société, matériel industriel et commercial, véhicule...). Outre ces dépenses « tangibles », intégrez le besoin en fonds de roulement (BFR), c’est-à-dire la somme d’argent nécessaire à votre activité au quotidien (stock, trésorerie…). En regard, listez les ressources financières durables : apport personnel, ressource externes (emprunts, subventions...).
| Besoins financiers durables | Ressources financières durables |
| Exemple d’éléments à inclure : - les frais de constitution de la société ; - le matériel industriel et commercial ; - les agencements du local ; - le dépôt de garantie du local ; - le besoin en fonds de roulement (stock, trésorerie…) ; - un véhicule. | Apport personnel Ressources externes (emprunts, subventions, ...) |
Les deux colonnes doivent être équilibrées. Si vos besoins apparaissent comme supérieurs aux ressources, d’autres modes de financement devront être trouvés puis intégrés (crédit-bail, aides, love-money...). Outre le plan de financement initial, il vous faudra réaliser sur le même principe un plan de financement triennal.
En parallèle, le business plan comprend également un compte de résultat prévisionnel, incluant un chiffre d’affaires prévisionnel (réaliste !) et le bilan des charges prévisionnelles (loyers, salaires, impôts...). A priori, une fois ces éléments rassemblés et compilés, vous aurez une idée plus fine de vos besoins financiers non seulement pour démarrer mais aussi pour tenir les premiers temps d’activité. Ces besoins déterminés, comment trouver l’argent ?
Les différents types de financement possibles
Créer son entreprise, c’est prendre des risques. Inutile de chercher des financements sans investir personnellement un minimum dans votre projet. En règle générale, si vous sollicitez un prêt bancaire, cet apport personnel doit représenter 30 % de la somme totale. Sachez toutefois que l’apport personnel a une autre importance : certaines dépenses ne seront pas couvertes par les banques. Ainsi, si votre banquier peut vous accorder un prêt pour de l’achat matériel, il ne financera pas en revanche les dépenses « intangibles » (BFR, frais d’établissement...).
Pour votre apport personnel, vos pouvez mobiliser des épargnes constituées sur un Livret Epargne Entreprise ou même un Plan d’Epargne Logement. N’oubliez pas non plus de solliciter si besoin votre entourage. Famille, amis, anciens collègues, peuvent vous aider ! C’est ce que l’on appelle la « love money ». Il existe aussi d’autres moyens de muscler vos fonds propres, au rang desquels des aides locales ou nationales telles que les prêts d’honneur, les concours, les subventions. Une partie de ces aides est attribuée en fonction du profil du porteur de projet : aide aux chômeurs-créateurs ou repreneurs, par exemple, ou selon la zone (certaines sont réservées par exemple aux créations en zone urbaine sensible ou aux zones rurales cherchant à redynamiser leur territoire). Une fois ces fonds rassemblés, le créateur peut alors envisager de solliciter les banques, des investisseurs privés (business angels)...
- Moins de 5 000 euros : apport personnel, love money, microcrédit, concours, prêt à la création d’entreprise
- Entre 5 000 et 25 000 euros : prêt bancaire avec les experts comptables, investisseurs privés type crowfunding, www.financement-tpe-pme.com
- De 15 000 à 500 000 euros : réseau de business angels
- Au-delà de 500 000 euros : fonds de capital risque
Le point de vue de l’expert…
Stéphane Cohen,
Vice-président de l’Ordre des experts-comptables
région Paris Ile-de-France
– Quelle est la situation du financement de la création ? Avant l’éclatement de la bulle internet, avant la crise, quelques slides, un PowerPoint, un business plan allégé permettaient à une start-up de lever des fonds de manière assez fluide. C’est devenu plus compliqué, même si ce n’est pas impossible ! Le problème concerne surtout des entreprises ayant besoin de 500 000 à 1 million d’euros, car il n’existe pas en France de vrais fonds d’amorçage, contrairement à la culture anglo-saxonne.
– Quelles sont les étapes à suivre pour un créateur en recherche de financement ? Avant tout, se faire accompagner. Pour trouver des fonds, il est impératif d’avoir un business plan très clair. Les experts-comptables peuvent aider les créateurs à construire leur business model. Car ces derniers, même avec une idée géniale, ont du mal à structurer leurs données chiffrées, à évaluer précisément leurs besoins... Au-delà de 500 000 e, il est utile de s’adjoindre les services de leveurs de fonds spécialisés, qui serviront d’intermédiaires. La plate-forme Capital PME, créée par Oseo et les experts-comptables, est également une bonne piste pour aller à la rencontre d’investisseurs. C’est compliqué, mais ça fonctionne !
– Quid des créateurs qui ont besoin de montants plus faibles ? La règle est valable pour tous : le projet doit être très clair, très construit. L’idéal est de solliciter son réseau, sa famille, ses amis. Selon moi, les banques ne financent pas vraiment la création mais le développement. Quand elles le font, les apports personnels en face se doivent d’être solides ! Mieux vaut donc, quand un créateur a besoin de moins de 20 000 e, solliciter les nombreux réseaux d’accompagnement, demander des prêts d’honneur, participer à des concours. Cela implique un vrai travail pour se rapprocher des réseaux locaux de chefs d’entreprise, des pépinières, mais c’est efficace.
– Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des créateurs ? Avant tout, négliger le Besoin en Fonds de Roulement (BFR). Or, une entreprise sur deux dépose le bilan dans les 5 ans suivant sa création, la plupart par manque de fonds propres ! Il est capital d’anticiper ces besoins. Autre erreur : la méconnaissance du marché, induisant des chiffres d’affaires peu réalistes. Il est indispensable de connaître précisément son marché, ses concurrents pour bien maîtriser ensuite son plan de financement.
– Vos conseils ? Bien s’entourer et anticiper. Se faire accompagner, par exemple à travers le mentoring, permet de bénéficier de l’expérience d’autres chefs d’entreprise. Autre conseil : faites des simulations. Le créateur doit se poser les bonnes questions : que suis-je capable de faire avec 25 000 e ? Si cela me fait couler en deux mois, ce n’est pas la peine d’y aller ! Les créateurs doivent savoir à quel moment ils devront à nouveau lever des fonds, savoir ce que leur apportera 50 000 e de plus. La création et donc son financement, c’est comme les échecs : il faut toujours avoir deux coups d’avance !
Peut-on créer sans argent ?
Peu ou pas d’argent disponible pour vous lancer ? S’il est illusoire de songer à créer sans fonds et sans prendre une part de risque, plusieurs options permettent de démarrer en douceur, de trouver vos premiers clients pour assurer une première entrée d’argent, et de construire votre entreprise par étape. C’est par exemple l’un des atouts de l’auto-entrepreneuriat qui permet, dans grands nombres de cas, de pouvoir conserver votre statut de salarié ou le droit au maintien partiel de vos allocations chômage tout en vous lançant.
Des dispositifs peuvent également vous être très précieux. C’est le cas notamment des couveuses ou des pépinières d’entreprise qui offrent, selon les cas, des locaux et des services mutualisés (accueil téléphonique, accompagnement conseils...).
Vous pouvez également vous lancer à domicile, une possibilité pour nombre d’activités. Cela permet souvent un démarrage progressif, sans investissement conséquent, sans bail à payer. Il convient cependant de vérifier si le règlement de copropriété de votre logement et la nature de votre activité l’autorisent.
D’autres moyens permettent aussi au créateur de se lancer sans trop investir au démarrage. Pensez par exemple à l’échange de compétences. Ainsi, vous pouvez proposer vos talents juridiques à un jeune créateur qui lui-même vous aidera à réaliser votre site internet.
Enfin, n’hésitez pas à faire appel à des structures comme les junior entreprises (www.junior-entreprises.com). Ces associations, implantées dans les grandes écoles et universités, peuvent réaliser pour vous diverses prestations (étude de marché, test produit, études techniques et financières...) pour un tarif très inférieur à ceux pratiqués sur le marché. Des stratégies malignes qui vous plongent dans le grand bain de la création !
Témoignage...
Amandine Chambre, créatrice de Fée Main Création
« Vive le troc de compétences ! »
Démarrer sans investir beaucoup, c’est possible. C’est en tout cas la stratégie d’Amandine Chambre, créatrice de Fée Main Création. Le concept : des créateurs sélectionnés proposent sur le site www. feemaincreation.com leur propre boutique en ligne où ils présentent leurs réalisations.
L’idée est née dans l’esprit d’Amandine, 29 ans, elle-même créatrice de bijoux : « Lorsque je voulais vendre mes créations sur le net, il existait peu de choses à part eBay, où mes bijoux se trouvaient noyés dans la masse ! Lorsque le statut d’auto-entrepreneur est arrivé, je me suis lancée. En tant que mère célibataire, avec 2 enfants, la perspective de contracter un prêt me faisait peur : je n’avais pas envie de faire peser des risques sur mes enfants, mon logement... J’ai donc profité d’une prime de mon employeur, 2 000 e, pour me lancer, uniquement avec ces fonds propres. 2 000 e, c’est peu ! J’ai donc fait appel au système D. Par exemple, j’ai fait beaucoup de troc. Mon site a été réalisé par un jeune développeur qui avait besoin d’un premier site pour se faire connaître. Le design, le logo, je les ai fait réaliser en échange d’opérations de communication.
Pour ma propre communication, j’opte pour la gratuité des réseaux sociaux, dont l’impact est très important. » Début 2011, Amandine a remporté le prix Mompreneurs, avec à la clé 5 000 e. Cet argent a été investi dans le développement d’une nouvelle version de son site… et la création d’un second site internet, cette fois dédié aux fournitures pour les arts créatifs.













