ETAPE 5 - DOSSIER PREVISIONNEL : ETABLIR LA VIABILITE DE VOTRE PROJET
Objectifs et contenu du dossier prévisionnel
L’établissement d’un dossier prévisionnel est une étape importante dans
votre démarche. Il doit en effet vous permettre, d’une part, de mesurer la
faisabilité économique de votre projet, d’autre part, de démontrer celle-ci à vos futurs partenaires financiers afin de les convaincre de vous accompagner
dans votre projet.
La mise en forme de ce dossier doit également être l’occasion d’une réflexion
approfondie sur le fonctionnement de la future entreprise.
C’est pourquoi, même si l’établissement de documents prévisionnels nécessite
un niveau de technicité que ne possède pas tout créateur d’entreprise,
il est impératif que vous travailliez activement sur l’élaboration de ces
documents.
Un professionnel, notamment un expert-comptable, peut vous assister pour
la mise en forme et certains choix techniques. Mais votre implication personnelle
est indispensable pour vous assurer d’une bonne appréhension des
options retenues et d’une immersion totale dans votre projet.
Bien qu’il n’existe pas de normes de présentation d’un dossier prévisionnel, appelé également business plan, ce document doit contenir au minimum les éléments suivants :
- la présentation générale de votre projet ;
- la présentation du ou des créateurs ;
- le schéma juridique retenu ;
- le plan de financement initial ;
- le détail du chiffre d’affaires prévisionnel (3 ans) ;
- le détail des charges prévisionnelles (3 ans) ;
- le compte de résultat (3 ans) ;
- le plan de financement pluriannuel.
Et il est important pour vous de soigner le contenu et la présentation du dossier prévisionnel, car il vous permettra notamment de gagner la confiance d’un organisme bancaire, par l’intermédiaire de son interlocuteur direct mais aussi des supérieurs de celui-ci et des membres des comités d’octroi de crédit. En effet, ces derniers n’auront connaissance du projet qu’à travers le business plan, sans avoir de contact direct avec vous ; ce document doit donc être particulièrement pertinent et soigné.
Le plan de financement initial
Le premier élément chiffré du dossier prévisionnel présente les besoins nécessaires
pour débuter l’activité et organise les modalités de leur financement.
On se situe alors au jour zéro.
Établi sous la forme d’un tableau, cet état doit recenser dans le détail l’ensemble
des éléments à financer. Ceux-ci devront être valorisés avec précision
; il est même souhaitable de joindre en annexe du dossier les devis
ayant permis ce chiffrage.
Parmi ces besoins pourront figurer notamment :
- les frais de constitution de la société ;
- le matériel industriel et commercial ;
- les agencements du local ;
- un véhicule ;
- le dépôt de garantie du local ;
- le dépôt de garantie des biens pris en location.
Dans la mesure où la nouvelle activité est assujettie à la taxe sur la valeur
ajoutée, chacun des besoins doit être valorisé hors taxes, une ligne spécifique
à la TVA devant être prévue dans les besoins, car elle aussi est prise
en charge par une modalité de financement.
Le tableau mérite également d’être complété par une évaluation du besoin
en fonds de roulement qui sera généré par le démarrage de l’activité.
Même si celui-ci n’apparaît effectivement qu’après le début de l’activité,
il convient d’en prévoir les modalités de financement dès le premier jour.
Ainsi, en complément du coût du stock, est-il impératif d’évaluer le crédit
moyen accordé aux clients et celui obtenu des fournisseurs afin d’apprécier
ce que l’entreprise aura effectivement à financer.
Face à ces besoins initiaux, vous devez prévoir des modalités de financement.
Celles-ci pourront être constituées par vos apports, des emprunts
bancaires ou d’autres modes de financement tels que contrats de créditbail,
par des aides et subventions et, éventuellement, par des facilités de
trésorerie à court terme (pour la taxe sur la valeur ajoutée principalement).
Le compte de résultat prévisionnel triennal
Pour établir votre compte de résultat prévisionnel, vous devez préalablement mener une réflexion sur le volume du chiffre d’affaires que vous envisagez de réaliser, et corrélativement le niveau d’achats et de frais généraux que devrait engendrer votre activité.
Le chiffre d’affaires prévisionnel
Élément très délicat à estimer de manière prévisionnelle, et pourtant point
fondamental de la faisabilité de votre projet, le chiffre d’affaires doit être
valorisé après mûre réflexion et de la façon la plus fine possible.
Son appréciation peut découler de plusieurs sources : une étude de marché
approfondie, une bonne connaissance du secteur d’activité grâce à une expérience
professionnelle précédente, et une analyse fine de la concurrence
ou des ratios dégagés dans le secteur d’activité concerné. De même, des
précontacts commerciaux permettent également de mesurer la tendance
d’évolution des commandes. Dans tous les cas, il est important de déterminer
ce niveau d’activité prévisionnelle le plus précisément possible, en
détaillant pour chaque sous-catégorie d’activité les volumes espérés, les
prix unitaires, et ainsi le chiffre d’affaires prévisionnel.
Cette présentation détaillée, en volume et en valeur, vous permet de mieux
mesurer la faisabilité des objectifs et leur cohérence par rapport à ce que
vous avez pu observer ailleurs. De même, pour le lecteur des documents
prévisionnels, qui doit se forger une opinion sur la faisabilité de votre projet
pour accepter d’accompagner l’entreprise, cette présentation détaillée est
fort appréciée. À ce titre, les organismes bancaires possèdent des données
statistiques précises, par secteur d’activité, qu’ils peuvent comparer aux
valeurs retenues et ainsi vérifier la fiabilité des chiffres présentés.
Le business plan devant être établi de manière triennale, il faut déterminer
un chiffre d’affaires pour les trois premiers exercices d’activité. Pour cela,
une présentation sous forme de tableau mettant en valeur les quantités, les
prix unitaires et leurs évolutions d’une année sur l’autre constitue la méthode
la plus appropriée.
Les charges prévisionnelles
À cette étape du business plan, vous devez recenser l’ensemble des charges
que l’entreprise devra supporter au cours de ses trois premières années
d’activité. Très variées, elles dépendent de la nature de l’activité, mais aussi
du lieu d’implantation, de la structure juridique choisie ou d’autres paramètres
externes au projet.
Le Plan comptable général, texte législatif organisant les principes comptables
des entreprises françaises, a recensé et classé l’ensemble des charges
dans un ordre normalisé. Il paraît judicieux de retenir cet ordre pour la
présentation
des prévisions, car son caractère normatif permet par la suite d’établir plus aisément
le compte de résultat et facilite la comparaison avec des données sectorielles.
Comme pour le chiffre d’affaires, l’analyse des charges prévisionnelles doit
être menée de la façon la plus fine possible. Pour certaines, des tableaux
annexes détaillant les volumes et quantités peuvent également être présentés.
L’agrégation des données : le compte de résultat prévisionnel
Agrégation des données issues du chiffre d’affaires prévisionnel et de celles
retenues pour chaque poste de charges, le compte de résultat doit être
présenté sous la forme normalisée d’un document directement issu du Plan
comptable général : le tableau des soldes intermédiaires de gestion.
Ce tableau met en valeur certains ratios de gestion et contribue ainsi à une
meilleure lecture des comptes, et donc à une analyse plus fine. Parmi ces
seuils intermédiaires figurent notamment :
- le chiffre d’affaires ;
- la marge brute : elle correspond approximativement à la différence entre le prix de vente hors taxes et le coût d’achat des marchandises revendues hors taxes ;
- la valeur ajoutée : elle exprime l’accroissement de valeur apportée par l’entreprise ; mieux que le chiffre d’affaires, elle traduit l’activité propre de l’entreprise. Elle se calcule par différence entre la marge brute et les consommations de biens et de services en provenance de tiers ;
- l’excédent brut d’exploitation : il correspond à la valeur ajoutée diminuée des frais de personnel et des impôts et taxes (hors impôt sur le bénéfice). Il exprime la capacité de l’exploitation à créer de la trésorerie pour maintenir et développer son outil de production et rémunérer les capitaux engagés, tant les capitaux propres que ceux empruntés ;
- le résultat d’exploitation : c’est le résultat dégagé par l’activité de l’entreprise avant prise en compte du coût des moyens de financement et d’éventuels événements exceptionnels ;
- le résultat courant : il est égal au résultat d’exploitation plus ou moins les produits et charges financières ;
- le résultat exceptionnel, en principe inexistant dans un prévisionnel car lié par nature à des événements le plus souvent imprévisibles, le coût d’un sinistre par exemple ;
- le résultat net, qui correspond à la différence entre l’ensemble des produits et l’ensemble des charges. Il permet de mesurer la performance effective de l’entreprise sur l’exercice.
La présentation de ces différents seuils est faite en valeur brute mais aussi en valeur relative, c’est-à-dire en pourcentage du chiffre d’affaires hors taxes. Cette présentation permet de mesurer la performance de l’entreprise, son évolution pluriannuelle, mais aussi de comparer plus facilement ses performances avec celles d’autres entreprises du même secteur. Les ratios normalisés pourront ainsi être comparés à des statistiques du secteur d’activité dans lequel la nouvelle entité évoluera. Il est possible de se procurer ces analyses sectorielles pour certaines activités sur le site de l’Ordre des experts-comptables (www.experts-comptables.org, rubrique « Expertscomptables média »).
Le plan de financement triennal
Mesurer la rentabilité de la future entreprise en déterminant son résultat prévisionnel ne suffit pas. Il convient également de rechercher si ce résultat permet de faire face aux besoins financiers de l’entreprise. Ceux-ci sont de plusieurs ordres. Il s’agit d’assurer :
- le remboursement du capital emprunté (seuls les intérêts sont pris en compte dans les charges) ;
- dans une entreprise individuelle, la rémunération de l’exploitant (non incluse dans les frais de personnel) ;
- le financement du besoin en fonds de roulement.
Pour mener à bien cette étude, il convient de déterminer la capacité d’autofinancement
des premières années d’activité, c’est-à-dire la trésorerie
théorique dégagée par l’activité. Elle correspond au résultat, après neutralisation
des produits et des charges ne générant aucun flux de trésorerie.
En général, dans le cadre d’une étude prévisionnelle, seules les dotations
aux amortissements sont neutralisées, l’ensemble des autres produits et
charges entraînant des mouvements de trésorerie. Ceux-ci interviennent
parfois avec un décalage dans le temps (crédit clients ou fournisseurs par
exemple), mais ce décalage est pris en compte dans la variation du besoin
en fonds de roulement.
Une fois la capacité d’autofinancement déterminée, il convient de la comparer
aux besoins financiers de l’entreprise pour vérifier que l’ensemble de
ceux-ci soit correctement couvert.













